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Sur le vif

  • Marie-Anne Lorgé
  • il y a 1 jour
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 11 heures

Tout va bien dans le plus désastreux des mondes, les vaches sont de retour dans les prés, où les pissenlits se mangent par la racine. En tout cas, du jaune dans la chlorophylle, c’est ça le décor d’avril, où il est de bon ton de ne pas se découvrir d’un fil, ce qui a par ailleurs inspiré le poète T.S. Eliot (Nobel de littérature en 1948) de le traiter de mois cruel parce qu’il engendre des lilas qui jaillissent de la terre morte.



Toujours est-il que c’est le moment du remue-ménage nettoyage à grands seaux de fleurs. Et du vert qui nourrit les vers.


Et du coup de citer Claudio Rodriguez:

Permets-moi,                                                             

de dire :

malgré, malgré

toutes les peines,

et même si cela peut être très douloureux, et même

si cela peut être parfois sordide, toujours, toujours,

la vérité la plus profonde est la joie.


C’est avec cette citation que la poétesse espagnole Carla Friebe ouvre la porte de son poème Retrouvailles, une façon de vous rappeler que Carla rejoint 10 autres poètes lors du 19e festival Printemps des poètes-Luxembourg dont le coup d’envoi est prévu ce 17 avril (19.00) à neimënster, pour déciller nos oreilles encore ces 18 et 19 avril (infos: http:// printemps-poetes.lu).


Sinon, c’est autour du dessin sur le vif que s’attarde ma petite promenade du jour. Aussi autour d’une exploration de traces intitulée Calamine – il est par ailleurs aussi question d’un renard à neuf queues… (une première européenne à lire tout en bas!). Et pour la cause, je relie Arlon et Esch/Alzette.


Non sans risquer un autre rappel, qui repasse la frontière puisqu’il se trame à Aubange, au Domaine du Clémarais, salle La Harpaille, où une expo décline le fantastique dans tous ses états élastiques, la fantasy incluse. Parmi les activités proposées tout au long de cette invitation surnaturelle – accessible jusqu’au 26 avril –,  notez la conférence de Paul Mathieu qui, en binôme avec Alicia Morette pour les lectures, évoque les rapports du genre fantastique avec la bédé, le cinéma et la peinture, ce, le mardi 21 avril, à 20.00h (PAF: 6 euros). Infos et réserv.: +32.(0)63.38.95.73.


A 12 kms de là, on crayonne…



En septembre 2025, Arlon avait accueilli une joyeuse bande d'Urban Sketchers. Et c’est le résultat de cette invasion créative qui est actuellement à découvrir à l’Espace Beau Site. Késako?


Les Urban Sketchers, c’est une communauté internationale de dessinateurs amateurs et professionnels qui valorise la pratique du dessin in situ et d’observation sur le vif de la vie urbaine. Une charte les fédère depuis 2007. Et c’est Pierre François, le fondateur et inspiré directeur de l’Espace Beau Site, qui a pris l’initiative de nous familiariser avec cette pratique en invitant donc en septembre dernier des fous du crayon en plein air.


Aujourd’hui, sortis des carnets de croquis pour être imprimés, les dessins – des crayonnés parfois rehaussés d’aquarelle – se trouvent réunis en une frise – conçue/orchestrée par le phénoménal Michel Gérard, maître en dessin d’architecture et en perspective curviligne – pour tirer un portrait inattendu de la ville ou déjà, en proposer une visite peu banale.


Les instantanés s’attardent sur certaines façades, sur des instants de vie, sur des détails d’animation, sur des recoins méconnus – qui parfois échappent aux habitants eux-mêmes (cfr visuel ci-dessus, dessin Jean-Paul Lienard); en fait, tout l’art de l’Urban Sketching tient à ce regard sublimateur de la ligne, de la forme, de l’espace, qui fait redécouvrir autrement un lieu pourtant croisé au quotidien. Mais finalement, peu importe que l’on soit Arlonais ou pas, ce que l’expo manifeste précisément, c’est ce regard qui fait naître de l’ailleurs au coin de la rue, avec humour ou bienveillance, et c’est la complicité d’une communauté – venue de Bruxelles, Liège (dont Fabien Denoël et bien sûr Michel Gérard), Verdun, Metz, Luxembourg (dont Mauro Doro et Jean Pol Léonard) – qui a manifestement fait mouche à Arlon.


Et c’est ce qui rend l’expo unique – du reste, il est apparemment peu probable que cette première édition se répète –, du coup, le bon plan, c’est d’aller y jeter les deux yeux… jusqu’au 3 mai (du mardi au vendredi de 10.00 à 12.00h et de 14.00 à 18.00h, jusque 17.00h le samedi, et les dimanches 19/04, 26/04 & 03/05 de 15.00 à 18.00h. Infos: espacebeausite.be

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Dans un ordre d’idée parallèle, notez que Pe’l Schlechter considéré comme le premier graphiste luxembourgeois et pionnier de la bande dessinée luxembourgeoise, né un 20 avril 1921, célébrera cette année son 105ᵉ anniversaire et qu’à cette occasion, une exposition proposant un regard rétrospectif sur son travail à travers une sélection d’affiches emblématiques, conservées dans les collections de Les 2 Musées de la Ville de Luxembourg, lui est dédiée au «Konviktsgaart» – 11 avenue Marie-Thérèse à Luxembourg –, lieu où l’artiste réside actuellement. Le vernissage y a précisément  lieu le lundi 20 avril, à 17.00h.



Tout schuss vers Esch-sur-Alzette.


Je vous en avais touché un mot dans mon dernier post. Dans le cadre de leur résidence d’artiste au Bridderhaus (rue Léon Metz), 13 étudiant·es de l’Ecole Supérieure d’Art de Lorraine ont commis Calamine, une expo-enquête artistique et collective qui questionne les traces et les histoires des terres Rouges, qui saisit le territoire par la matière et le geste. Et qui reste accessible les 18 et 19 avril, de 11.00 à 18.00h. Et vous auriez tort de bouder ce rendez-vous sensible.


Alors, quelques petits coups de cœur.


D’abord, Trouble de voisinage, soit: un délicat meuble pigeonnier blanc, construit par Laetitia Hue Salhi, qui dans le secret de chacune des 49 cavités, comme s’il s’agissait de nids, insère des petites rouleaux de fin papier blanc et bleu, toute une collection de textes prêts à migrer, autant d’histoires résolues à voyager de main de main et qui toutes racontent le pigeon, sa relation à l’humain, sa persistance dans le paysage urbain


Et puis, Viciation, ou comment Loïc Leclerc nous parle à la fois de jardin ouvrier par la photo et de cuisine. Laquelle cuisine est un bouillon d’épluchures celui-là qu’il détestait manger enfant, celui-là qui télescope la notion de déchet dans le paysage  et dans lequel il immerge ses tirages photographiques. Loïc donne ainsi du bouillon à boire aux images, chacune placée dans un petit baquet, pareil à celui utilisé dans un labo photo pour le révélateur, sauf que ce qui se met alors en action, c’est une altération.  


Enfin, en vrac, le Portrait comestible du territoire, une installation d’Iman Ourahou qui rassemble des produits collectés dans différentes épiceries d’Esch/Alzette, Eclats de morphose de Sofia Ahadzhanian, une intervention murale au fusain, une écriture, une mémoire textuelle sur plaques de zinc mordues à l’acide et Fragments de palimpseste de Maud Quesney dont la peinture découle d’un ressenti de l’usine abandonnée de Schifflange et dont la bistre palette de couleur trahit le temps qui efface les vestiges (visuel ci-dessus).


Et pour conclure, petite circulation dans l’agenda.



° A Remich, le Domaine Claude Bentz (au 36 route de Mondorf) conjugue art et viticulture à travers Wine Meets Art, une expo qui accueille régulièrement des artistes au sein de la propriété. En l’occurrence, et pour l’heure, il s’agit de 3 femmes, Marie De Decker, Megha Goenka et Pascale Seil, le temps d’un dialogue entre le verre recyclé, l’or, les formes organiques et les matériaux façonnés à la main. Et c’est un dialogue à l’allure d’étoile filante, juste accessible 2 jours, les 18 et 19 avril, de 14.00 à 18.00h, avec vernissage ce 17/04 à 18.30h – et finalement, flâner en bord de Moselle si la météo fait la roue, ça donne une petite idée du bonheur…


° A Bonnevoie, en plein cœur du quartier, le Mini PICelectroNIC s’installe «am Park», parce que la verdure, le festival aime ça. Au programme, ce dimanche 19 avril (entrée libre de 10.00 à 18.00h), ça déménage! Concerts, ateliers, installations, performances (sonores)… Il y aura de tout pour que toute la famille passe un moment créatif et fun.


° Point d’orgue à Luxembourg avec le Mudam, qui, dans la programmation de son 20e anniversaire accorde une place de choix à la performance avec A Journey, une série qui se déploie au musée et se poursuivra tout au long de l’année.


Alors, prenant le voyage à la fois comme méthode et métaphore, la série A Journey  réunit des artistes qui s’intéressent à la mémoire culturelle, au progrès technologique et à l’interprétation incarnée.


La série s’est ouverte en mars avec Casemates, une nouvelle commande confiée à Ivan Cheng (1991, Sydney; installé à Amsterdam). Partant de la proximité du Mudam avec les fortifications et les casemates historiques du Luxembourg, l’artiste mène une réflexion sur le stockage, la préservation et la transformation des archives personnelles, en invitant le public à réévaluer ses contenus et fichiers numériques au regard de la notion de «déchets». C’est à voir ce 19 avril à 16.30h, ainsi que le 2 mai à 16.30h & le 13 mai à 19.00h.


Sinon, sans déjà tout dévoiler du programme au complet (infos: mudam.com), l’événement proche est une première européenne, celle de I Do Nine-Tailed Fox, la nouvelle création de l’artiste Sojung Jun (1982, Busan), basée à Séoul. A ne pas rater les 25 et 26 avril, à 16.30h.


Alliant musique live, images d’archives et séquences filmées récemment produites, cette performance revisite l’histoire du théâtre Koryo à Almaty, au Kazakhstan (visuel ci-dessus), en établissant des parallèles avec le mythe est-asiatique du renard à neuf queues, créature souvent dépeinte comme fourbe ou menaçante mais capable de résilience, de se métamorphoser.


I Do Nine-Tailed Fox est un opéra en neuf chapitres non linéaires, dont l’action se déroule dans un futur imaginé en 2075. La pièce est guidée par une  «archéologue du son» qui exhume et réassemble des voix et des époques perdues. Si la performance s’inspire de la forme narrative coréenne du pansori – mêlant chant, discours et percussions –, Jun en enrichit la texture sonore d’instruments du patrimoine coréen et au-delà.

 
 
 

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