• Marie-Anne Lorgé

Sur le fil du récit

«Plus on aimera trop, moins ce sera assez» (Julos Beaucarne).


Sur le fil du récit, je convoque les papillons de Josée Bourg, et parmi ceux-là qui ont une increvable capacité à contrarier la marche forcenée du monde, je vous parle en deux coups de cuillères à pot du répertoire de sauterelles de Marc Soisson, des éléments de la vie selon le collectif de danse Lucoda (attention, sauterelles à la Kufa et danse du programme «Hors circuits» du TROIS C-L sont déjà à l’affiche ce 16 octobre), et même d’Ernest Pérochon, Prix Goncourt en 1920 (pour Nêne), il y a donc 100 ans, ce qui vaut bien un hommage, en l’occurrence conférencier et textuel, initié à neimënster le lundi 18 octobre, à 19.30h, par l’Association Victor Hugo & l’Institut Français, jumelé à une exposition visible (toujours à neimënster) jusqu’au 24 octobre.


En clair, voici une sélection décalée. Un saut sans filet. Auquel je ne peux m’empêcher d’ajouter deux rendez-vous généreux. Baptisés Le désoeuvré (du théâtre qui élève le lâcher prise en vertu cardinale) et DKollage (de l’utopie participative). Tous deux à Dudelange. Mais, hop, c’est l’heure, on fonce à Beckerich, à la Millegalerie, là où M-Josée Bourg écrit par l’aiguille ce qui ne tient qu’à un fil, le temps. Pas d’accablement pour autant: c’est un hymne à la vie, aux souvenirs qui empêchent l’oubli. La lumière fait obstacle à l’ombre, la fragilité des matériaux (papier, lin) et techniques (pliage, couture) escorte par le lent travail de la main la beauté des choses qui se disent en silence.



Dans le fécond bagage de Josée Bourg, originaire de Beckerich, il y a le journalisme, les lettres, le théâtre, et les arts où bouturent performance, peinture, dessin, hormis un goût pour l’univers artisanal… né d’une sensibilité toute féminine.


Et donc, au plafond du petit espace lumineux de la Millegalerie, sont suspendus des bouts de papier(s), tous extraits des tiroirs familiaux, autant de faire-part de décès et de télégrammes de mariage datant grosso modo de la première moitié du XXe siècle, tous devenus papillons par la grâce du pliage. C’est un papillonnage tantôt coloré, tantôt ourlé d’un liseré noir, une métaphore de l’éphémère qui chorégraphie de légère ou aérienne façon le cycle de l’existence.


Et c’est dans le beau linge de famille que Josée Bourg poursuit ses métamorphoses – ou les Mutations du titre de l’expo (photo ci-dessus). Ainsi, dans le lin des draps et des serviettes de table d’un trousseau d’aïeule pour le coup sorti de son amnésie, elle découpe des sortes de pages blanches, d’immaculés supports textiles à une écriture au fil rouge. C’est un fil brodeur, qui pointille des cercles tout autour de petites poches surpiquées en forme de conques, sinon de minuscules linceuls, où d’énièmes papillons se déposent… avant de s’endormir, ou de s’envoler, c’est selon: à chacun son ressenti.


Parfois, en marge de la couture, il y a insert de déchirures de tissu, censées «traduire les étapes de la vie», des strates toujours infusées par la lumière, réelle ou symbolique.


En fait, l’histoire de Mutations est celle de la boucle bouclée, où il est question tout en même temps de transmission, d’absence et de désir.


Infos:

Millegalerie, Moulin de Beckerich: M-Josée Bourg, Mutations, œuvres papier et textiles, à voir jusqu’au 31 octobre, du jeudi au dimanche de 14.00 à 18.00h. Tél.: 621.25.29.79, www.dmillen.lu



Vite, on déboule à Esch/Alzette, à la Kulturfabrik. Pour la sortie de résidence (un mois passé dans le bâtiment dit «Squatfabrik») de deux artistes, l’Italien Gola Hundun et le Luxembourgeois Marc Soisson, qui se définit comme un «artiste de la matière», réalisant lui-même ses toiles et ses pigments, utilisant/récupérant des rebuts (papiers, bouteilles vides…) histoire, certes, de «minimiser son impact sur l’écologie» mais surtout d’enfoncer le clou quant à la disparition de la biodiversité, présentant pour la cause «un inventaire artistique des espèces de sauterelles menacées au Luxembourg» (c’est visible ce jour dès 18.30h).


Nature aussi avec Gola Hundun dont la recherche porte sur «la frontière entre l'habitat humain et le reste de la nature». Avec, au final, des racines géantes… installées devant l’entrée principale de la gare d’Esch-sur-Alzette (ça se visite ce jour dès17.30h, sur inscription par mail à mateusz@kulturfabrik.lu, places limitées).


On file à Bonnevoie, à la Banannefabrik (12 rue du Puits), camp de base du TROIS C-L (Centre de Création Chorégraphique Luxembourgeois ), qui vous donne l’occasion, grâce à son programme «HOЯS CIЯCUITS», de voir ce qui vous a peut-être échappé au printemps, soit: le projet de Jill Crovisier créé autour de l’œuvre musicale Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy et celui de Rhiannon Morgan autour de La création du monde de Darius Milhaud. A ses côtés, un casting 100% féminin pour Lucoda (Luxembourg Collective of Dance), avec Ioanna Anousaki, Carine Baccega, Maria Cipriano et Aifric Ni Chaoimh. Elles sont accompagnées par Corinna Niemeyer et 18 musicien(ne)s de l’Orchestre de Chambre du Luxembourg.


«Ces cinq interprètes féminines incarnent les cinq sens et les cinq éléments à travers le récit en six parties de la partition musicale d’origine. C’est dans un chaos de mouvements complexes que ces corps interagissent à travers leur propre vocabulaire corporel unique, puis fusionnent en harmonie pour former un tout, à l’image de l’essence même de l’existence humaine, au-delà des différences» (photo ci-dessus: © bohumil kostohryz).


Ça se passe ce soir, dès 19.00h, donc, on se dépêche de réserver. Tél.: 40.45.69, www.danse.lu


Et on termine notre périple à Dudelange.


Avec le rendez-vous que Nora Wagner, plasticienne d’une infinie bienveillance rompue au fil de l’imaginaire, nous fixe au Centre d’art Dominique Lang le 21 octobre, à 19.30h. Ce soir-là, l’espace d’expo sera le lieu d’une courte pièce théâtrale (de la Cie le Barbanchu) intitulée Le Désoeuvré mettant en scène «un homme et un musicien sans honte à penser "au rien faire" et tout au contraire, essayant de "ne rien faire de mieux"»: un nouveau modèle de vertu, débarrassé de ce qui parasite le bien-être. Avec Godefroy Gordet à la mise en scène et Cyril Chagot pour l’interprétation, musique live de Denis Jarosisnki.


Pour rappel, ce que Nora propose actuellement au Centre d’art Dominique Lang, tient non pas de l’exposition mais de l’expérience, à savoir: déambuler au milieu de tapis cousus/brodés, de coussins faits main, d’assemblages de branchages ou d’épis de blé au vent et d'autres éléments symboliques ou déguisements susceptibles de vous rendre totalement poreux au rêve.


Inscriptions auprès de Marlène Kreins: marlene.kreins@dudelange.lu


Et enfin, voici «DKollage», le projet collectif de rénovation du site Vestiaire Wagonnage de l’ancienne usine de Dudelange, projet initié/assumé par DKollektiv qui n’en finit pas de nourrir des «utopies possibles» en faisant appel à vos talents bricoleurs lors de chantiers participatifs (encore le 30 octobre, de 09.30 à 17.00h, infos: dkollektiv.org).

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