• Marie-Anne Lorgé

Petit trognon

Hier soir, avec mon chien la truffe au vent, j’ai longé des buissons d’aubépines et des haies de baies, l’air était tiède. L’été vient d’expirer, arrêt sur mage.



D’abord, il y a la lumière qui, sur les champs torréfiés, coule non comme de l’huile mais comme du jus de pomme. Du reste, les pommes, lestées même pas mûres par le verger assoiffé, je les entends rebondir sur le toit de tôle du poulailler voisin. Chaque chute sème la panique parmi les volatiles, ça se vole dans les plumes, ça court dans tous les sens et puis, ça s’arrête pile, comme un seul homme, sans se demander pourquoi. Newton, lui, doit tout à la pomme, Guillaume Tell aussi, et Eve, bien sûr, à qui on aurait juste dû conseiller de croquer dans la bonne face. Sous cet angle, on aurait tendance à croire que l’univers se résume à un trognon. Mais ce qui est sûr, c’est que le vers ne se lasse jamais de se cacher dans le fruit (et ce n’est pas Baudelaire qui dira le contraire!). En fait, moult récits mythiques ou légendaires ont des allures de pommiers. Il y en a d’ailleurs toujours un qui nous pousse dans la tête, ça fait partie des saveurs d’enfance qui se maraudent dans le fantastique naturel.

Ensuite, il y a l’odeur, comparable à celle des noyaux cerise que l’on aurait oubliés dans un four.


Enfin, il y a le bruit. Des écureuils et des petits rongeurs surpris dans leur fuite en avant par nos pas que trahit le froissement des feuilles devenues bavardes. Il paraît que ce bavardage des feuilles sèches trône au hit-parade des bruits censés nous procurer une sensation de bien-être. Ne pas donc hésiter à se rouler carrément dedans, c’est en tous les cas mieux que se noyer dans l’angoisse du hareng de banc.


Je vous laisse cette petite carte postale, maintenant que l’automne vient de claironner, et jusqu’à ce que sonne l’heure … de l’été indien. Pendant ce temps, quand «la rue qu’est maboule» (dixit Ferré chanté par la Jolie môme Gréco), ne surtout pas oublier que «la vie vaut d’être vécue. Ne fût-ce que par curiosité» (André Vialatte).

©2020 Marie-Anne Lorge

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