• Marie-Anne Lorgé

Pardon my French!

Dernière mise à jour : 23 févr.

Ah, mars! Ses giboulées, ses nids, son frémissement de printemps (plus que 25 fois dormir!), son goût des mots (la langue française se célèbre tout le mois)) et ses envies d’échappées belles. Voire de «bourlingues», ou voyages furieusement aventuriers. Et à qui doit-on d’avoir inventé le verbe «bourlinguer»? Eh bien, à Blaise Cendrars – né Frédéric-Louis Sauser –, un poète… «qui a tant sillonné notre monde de 1887 à 1961».


Blaise n’était donc pas du genre à rêver sur un banc, sourd aux événements. C’est à 16 ans qu’il fait le voyage de Moscou à Kharbine (Mandchourie) en compagnie de Jehanne, égrenant au fur et à mesure les noms des gares de Russie qu’ils traversent. En résulte une œuvre de deux mètres de long – le poète la montre en octobre 1913, dans l’atelier de la peintre Sonia Delaunay, devant Chagall, Apollinaire, Modigliani, Fernand Léger, et bien d’autres artistes et curieux – soit, une grande feuille de papier pliée en accordéon, «où du côté gauche il y a une symphonie de couleurs, du droit un long poème de plus de quatre cents vers». Son titre: La prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France.


Récit de voyage du jeune Blaise, La prose du Transsibérien est ainsi une sorte de mythologie personnelle où «les passages liés au voyage en lui-même alternent avec ceux dédiés à l’introspection». Voilà qui tranche avec les raccourcis nombrilistes d’Instagram…


En tout cas, pour (re)vivre les moments exaltants du Transsibérien de Cendrars, rendez-vous le 9 mars (à 19.00h), à la Bibliothèque nationale du Luxembourg, le temps d’une conférence que l’écrivain Jean Portante tricote plus globalement autour de 1913, «l’année où, en France, la poésie fait définitivement exploser le carcan formel, vieux de plus de trois cents ans, qui l’empêchait de respirer».



Cette conférence émaille le programme monté en bouquet par l'Institut français du Luxembourg pour ce Mois de la francophonie. Dont le lancement a lieu le 2 mars. Au théâtre d’abord. Avec Chanson douce. Non pas celle d’Henri Salvador – que lui chantait ma maman et qu’en suçant son pouce, il écoutait en s’endormant – mais celle de Leïla Slimani, couronnée du Goncourt en 2016 pour son roman éminemment venimeux, en l’occurrence adapté pour les planches, qui plonge le spectateur dans un huis-clos glaçant.


Entre un couple de bobos parisiens, Myriam & Paul, et leur nounou trop zélée, la douce Louise, se dresse lentement une tragédie inspirée d’un double infanticide dans les quartiers new-yorkais, nourrie de relents de lutte des classes qui «interroge la société contemporaine et ses faux-semblants».


Chanson douce (photo ci-dessus), dans une mise en scène de Véronique Fauconnet, c’est à voir au TNL (Théâtre National du Luxembourg), les 2,3, 4, 5 et 8 mars, à 20.00h, ainsi que le 6 mars à 17.00h. Infos: www.tnl.lu


Sinon, en vrac, tablez encore sur du théâtre (dont La Musica Deuxième avec Yoann Blanc, révélé dans la série La Trêve, et Les chaises d’Eugène Ionesco), sur des rencontres littéraires (dont avec Jean-Philippe Toussaint), des conférences, des ateliers d’écriture ou de slam, des concerts (Hatik, Jérémy Frérot), du ciné (avec Enigma, tourné entièrement à Luxembourg par le cinéaste et plasticien Pierre Coulibeuf), hormis une découverte du vulcanologue Haroun Tazieff, le «poète du feu» selon Cocteau.


Pour tout savoir, un clic sur https://www.institut-francais-luxembourg.lu/2022/02/14/mois-de-la-francophonie-2022/


Et puis, quoi?



Cette semaine, avec comme point d’orgue REMIX Festival, l’ouverture le 26 février d’Esch2022, capitale européenne de la culture, ça secoue. Et c’est pas la faute à l’échelle de Beaufort.


Alors, tout de go, je vous signale une autre inauguration (dès/depuis ce 22 février), celle du LUCA, Luxembourg Center for Architecture, désormais installé à Clausen, 1 rue de la Tour Jacob, qui organise une série d’événements liés à la gestion des sols, objet de spéculation(s) engendrant la flambée des prix de l’immobilier.


Le LUCA nouveau propose donc de réfléchir à cette problématique de manière ouverte. Et d’abord par le biais d’une expo, Eise Buedem, initialement conçue pour la Biennale de Venise 2018, aujourd’hui remontée dans un format adapté au contexte luxembourgeois, et accessible jusqu’au 14 juin (photo ci-dessus: EiseBuedem, ©2022 luca, Steve Ginepri).


Si Eise Buedem rassemble des propositions radicales d’architectes, à savoir: des bâtiments «hors sol», l’exposition «n’est pas un plaidoyer pour une ville intégralement surélevée, mais un appel à considérer la ressource du sol, limitée et indispensable, comme un bien commun, tout comme l’air et l’eau. Alors seulement, nous serons en mesure de développer nos villes de manière socialement et écologiquement durable».


Si Le lieu est le lien, selon l’anthropologue Abdu Gnaba – première discussion initiée par le LUCA –, «quel type de lien peut se créer s’il n’y a plus de lieux communs?».


J’imagine que vivre dans un arbre, dans une cabane perchée, faire l’expérience d’habiter dans un arbre un jour/un nuit, et partager cette expérience, ne permet pas de résoudre la question de la transformation «des coupures en coutures, des barrières en ponts», mais, quand même, n’est-ce pas une façon d’accorder une importance à la dimension symbolique de nos vies? Ce dont on fait trop fi…


En attendant, pour s’informer sur le nouveau site du LUCA, ses locaux, sa programmation, ses débats lui permettant de renouer avec ses missions et son public, c’est simple, c’est luca.lu

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