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Libre ton

  • Marie-Anne Lorgé
  • 7 juin
  • 4 min de lecture

D’abord, deux initiatives qui rappellent que la musique, langage universel, est une expérience de résistance, de réparation et de réconciliation (dis, le monde, t’as entendu?).


Du coup, postulons le solstice d’été, dans 15 jours. En clair, le 21 juin, c’est le premier jour de l’été… généralement célébré en trompettes et fanfares… à travers le monde depuis 1982, avec la création de la Fête de la musique. Sauf qu’à Luxembourg, l’édition 2026 de cette musicale fête populaire avance l’agenda estival au 12 juin. Ce jour là, de 15.00 à 22.00h, c’est concerts gratuits dans l’espace public, précisément à cinq endroits différents, la place Guillaume II, la place d’Armes, la place de la Constitution, la place Joseph Thorn et la place du Puits-Rouge.


Dans la même gamme, notez que le 13 juin, c’est le jour J d’  une grande parade musicale participative dans les rues de Bonnevoie, laquelle parade clôture la première édition du Luxembourg Community Music Project, développé avec le Paper Lantern Collective. Concrètement, partant de l’Institut européen de chant choral (INECC, 23A rue de Chicago, Luxembourg) rendez-vous à 16.00h, il est prévu que ladite parade débarque au Kiosque de Bonnevoie vers 17.00h pour alors transformer le quartier en une scène musicale vivante réunissant habitants, associations et artistes autour de performances live, de chants collectifs et d’un repas partagé. Je m’y vois déjà…



Sinon…

Oups ! Ma rencontre avec Berthe Brincour a bizarrement disparu de mon dernier post.


Enfin, rencontre impossible, puisque cette artiste hors normes et hors du temps est née… en 1879 (dans une famille luxembourgeoise aisée) – décédée en 1947, il y aura donc bientôt 80 ans, et c’est du reste par cet «anniversaire» que prend source l’actuelle expo du MNAHA, ou Nationalmusée um Fëschmaart (Marché-aux-Poissons).


Où vous seriez bien avisés de faire coup double, à savoir: (re)voir Vu Lilien a Linnen, la somptueuse et très intéressante expo consacrée à l’Art nouveau ou Jugendstil au Grand-Duché, et, donc, en écho temporel, découvrir la première grande rétrospective dédiée au parcours artistique de  Berthe Brincour, une figure pionnière de l'histoire de l'art au Luxembourg et néanmoins méconnue, voire ignorée – sachant que c’est la nécessaire restauration de ses oeuvres appartenant à la collection du musée qui a inspiré sa présente mise en lumière, enrichie par un appel public à des prêts privés.


Sachant aussi, et cet éclairage a le don de m’électriser, que c’est une façon d’évoquer la formation artistique des femmes à l'époque, une occasion pour les unes de trouver à se marier, alors que les autres… n’ont pas de talent ! En tout cas, Berthe Brincour n’a seulement pas eu d’enfant, mais elle ne s’est jamais mariée. Libre donc de ses mouvements et de ses transports. Ses paysages bavarois – construits en masse et en volume, un réalisme stylisé perfusé par l’observation de la nature (visuel ci-dessus) – attestent ainsi de son séjour à Dachau, dans la colonie d’artistes en plein air, entre 1903-1911, de quoi moucher les détracteurs masculins et mettre de l’eau au moulin d’un savoir-faire surprenant et d’une sensibilité notamment graphique.


Au demeurant, le parcours de vie et d’œuvres proposé par le musée, n’omet rien de la diversité des matériaux et des techniques, dont huiles sur toile, pastels, gouaches, dessins et carnet de croquis.



Si certaines pièces, les paysages prioritairement, reflètent clairement les influences stylistiques des mouvements artistiques de son temps, d’autres ne cessent de surprendre en ce qu’elles défient les normes esthétiques et autres conventions quant à la figure humaine.  Lieu d’un langage visuel propre, singulier, un tantinet dérangeant. A l’exemple de gouaches symbolistes – façon Klimt –, à l’exemple aussi de Jeune femme morte (vers 1924).

A l’exemple surtout de sa série (autour de 1918) consacrée au corps masculin, des nus très expressifs, ambigus, portraiturés dans une position étrange, dans un décor sans contexte (visuel ci-dessus, photo Tom Lucas). Les côtes sont saillantes (peut-être une allusion aux privations de la guerre) et le visage tendu grimaçant, arrogant (peut-être une forme de satire du pouvoir (forcément masculin), sans que l’on sache identifier le personnage ni s’il y a eu modèle ou pas).


En tout cas, ces oeuvres figuratives – et leur indubitable affinité avec Egon Schiele –, n’ont jamais été exposées au Luxembourg du vivant de berthe – les critiques préférant les paysages bavarois. Et chaque huile, très diluée comme une aquarelle, est assortie d’une étude préparatoire au fusain sur papier. 


Parlant fusain, sublimes sont les études de têtes d’homme, de femme et de vieillard – des études certes classiques mais d’une intense charge émotionnelle.


Et du fusain à l’encre de Chine, voici les lacs de Suisse et autres sites alpestres – eh oui, c’est que Berthe Brincour, qui a étudié à la Damen-Akademie des Künstlerinnen-Vereins München, qui a participé aux salons du CAL en 1906 et 1911, a passé la majeure partie de sa vie à l’étranger, dont à Genève, Lausanne. Ce qui a façonné sa pratique artistique, son goût de la ligne comme moyen d’expression principal – et ça donne des environnements nés de bourrasques de traits, des tumultes fantastiques en intime écho avec l’énergie des éléments…


L’exposition Berthe Brincour (1879-1947) reste à l’affiche du MNAHA (Marché-aux-Poissons, Luxembourg) jusqu’au 10 janvier 2027. Table ronde le 11 juin, à 18.00h, afin d’échanger avec l’équipe à l’origine  de l’expo. Infos (programme visites & ateliers inclus): www.nationalmusee.lu

 
 
 

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