• Marie-Anne Lorgé

Le bruit de l’eau

Un doigt de BD – le temps de rappeler qu’à Contern, le Centre culturel An Henkes accueille le 27e festival international de la bande dessinée jusqu’au17 juillet et que Sandrine Martin, auteure du roman graphique Chez toi, publié chez Casterman, récit bouleversant d’une expérience vécue en Grèce auprès de femmes enceintes migrantes, est l’invitée de l’Institut Pierre Werner le 12/07, à 19.00h –, une rasade musicale (sur le parvis étoilé/coloré de Neimënster, lire ci-dessous) et un panaché d’expos, voilà la recette de l’émotion plurielle qui fait actuellement nos jours et nos nuits.


Du reste, L’émotion au pluriel, c’est précisément le slogan des Théâtres de la Ville (Grand Théâtre et Théâtre des Capucins) dont la saison 21-22 est désormais ouverte à la réservation (tout savoir sur: www.theatres.lu).


Au tableau, ajoutez de l’eau, en filet, en ruisseau, en barrage, en mer et en imaginaire. Grâce à «Water Walls», un festival qui, du 17 juillet au 25 septembre, sème des installations artistiques (de Marco & Fabio Godinho, Mad Trix, Serge Ecker & Giacomo Piovan, Justine Blau & Stéphane Ghislain Roussel) le long d’un parcours au paysage remarquable, chaque installation servant de cadre à des performances qui se dérouleront sur 5 scènes à proximité des 4 barrages en aval du grand barrage d’Esch-sur-Sûre. Je vous dirai tout sur tout en amont du mouillage, qui est donc prévu le 17 juillet.



Et grâce au colloque L’eau et la mer dans les textes et les images, organisé sur le Campus Belval de l’Uni, du 12 au 16 juillet, mais uniquement à distance (sur l’application gratuite WebEx). Le programme des conférences est affolant/ foisonnant (consultable sur https://waterandsea2021.uni.lu/fr/page-daccueil/), celui des événements artistiques y associés, l’est tout autant (et c’est Sandrine Borgniet qui en a réalisé l’identité visuelle, photo ci-dessus). En voici les points forts.


Il y a l’Ecologial Anxiety Disorder de Sandy Flinto & Pierrick Grobéty: cette performance embarque le spectateur dans un univers onirique et surréaliste. «Entre récit de voyage et mythologie, quatre danseurs partent en expédition dans un monde à part: le 7e continent. Des îles de plastique, composées par des courants circulaires au milieu de nos océans» – performance diffusée lundi 12 juillet, à 18.00h.


Il y a la plongée dans l’œuvre de Marco Godinho, en présence de l’artiste; Marco évoquera Offrir quelques mots à la rive, le projet de belvédère et d’offrandes poétiques qu’il développe pour «Water Walls» – séance introduite par Adilia Carvalho, en ligne, le jeudi 15/07, à 12.00h. Et, même jour, même heure, les poèmes en lecture par l’écrivain Jean Portante, en concurrence avec les photos de mer d’Hervé Massard, artiste-navigateur en quête de sublime.


Au rayon expos, notez aussi L’eau, vers la réconciliation et la joie de Jean-Marie Ghislain, une immersion aussi thérapeutique qu’esthétique en environnement sous-marin traversé par des corps nus et la voix poétique de Leina Sato vernissage en ligne le 13 juillet, à partir de 18.00h. Sinon, avec L’eau-delà des villes d’Alexis Vanderweerd, partant de collages de rêveries et de souvenirs, il s’agit d’une installation vidéo qui «entend retranscrire l’imaginaire aquatique de la modernité passée et à venir».


Les performances et installations sont toutes disponibles sous forme de captations vidéos visionnables pendant le congrès et… a posteriori.


La nuit, on en finit pas de la tenir en échec à coups de lumières. En tout cas, elles sont belles les nuits de Neimënster, avec son festival de concerts plein air (funk, soul, jazz, r’n’b, electro), baptisé «Bock op...méi intim», assorti d’un bar pop-up Koloquio, le tout sous un ciel tendu par des petits drapeaux multicolores (tout le programme jusqu’au 25 juillet sur neimeinster.lu).


Sur le même site, Álvaro Marzán Díaz – artiste (d’origine espagnole) associé de neimënster – déploie Espace et désir, une galerie de peintures, petits et grands formats criards, à l’huile, où des portraits étranges naissent de formes organiques, parfaitement mystérieuses, susceptibles de «raconter des histoires extraordinaires» (photo juste ci-dessus): une façon, pour l’artiste, de traduire notre quête d’identité, d’extraire les énergies primitives en nous profondément enfouies de voir comment elles «modulent et transforment notre rapport au réel».


En résidence sur le site de l’Abbaye jusqu’au 13 août, l’artiste ouvre son atelier au public tous les dimanches à partir de 10.00h.


En tout cas, son expo, espace symbolique sinon spirituel, reste accessible jusqu’au 28 septembre, tous les jours, de 10.00 à 18.00h.



Autre résidence, celle du musicien et artiste sonore & visuel Andrea Mancini – (photo) né en 1989 à Luxembourg – qui termine son séjour (de cinq mois) au Casino Display en donnant au public l’occasion de plonger dans le résultat de ses expérimentations, intitulé New Age Landscape, et qui est un univers déroutant, bâti autour d’installations pluridisciplinaires (vidéos, 3D, design sonore), lesquelles, partant d’une collecte de sons (dans les friches d’ArcelorMittal Esch-Schifflange, dans la Luxembourg Space Agency, dans le cimetière américain) et d’images réelles/naturelles, génèrent des «espaces autres», matériels et invisibles.


New Age Landscape parle ainsi «de l’accès et du non-accès, de la fluidité et de l’interruption, des espaces dans les espaces», et c’est à découvrir au Casino Display, anc. Konschthaus Beim Engel, au 1 rue de la Loge (Luxembourg), jusqu’au 31 juillet (jeudi de 13.00 à 21.00h, vendredi & samedi de 13.00 à 19.00h).


Pour rappel, le Casino Display est une plateforme d’orientation, d’échange, de travail et de recherche dont le but est de promouvoir et de soutenir la très jeune création. Sa programmation est assurée par le Casino Luxembourg – Forum d’art contemporain. Infos: www.casino-display.lu


Sans transition aucune, je tiens à vous signaler la performance «live» de Pierre Joris/ Nicole Peyrafitte, accompagnés au piano par le jeune surdoué Colin Toniello, le jeudi 15 juillet, à 18.30h, à la galerie Simoncini (6 rue Notre-Dame à Luxembourg). Performance qui clôture l’expo Actions/Travaux Karstiques, créations domopoétiques des mêmes Nicole Peyrafitte & Pierre Joris.


«Belle occasion de (re)découvrir l’engagement poétique, politique, écologique des deux artistes, l’un poète, essayiste et traducteur, l’autre plasticienne, cinéaste, chanteuse et performeuse, qui prennent appui l’un sur l’autre et dont les travaux se mêlent, se nourrissent, fusionnent aujourd’hui, portés qu’ils sont par une "réflexion temps/espace/espèce" qui suit un quotidien authentique et riche alimenté par les mots, les images et les sons».


Et pour conclure, notez qu’à l’occasion de ses 25 ans, le Lëtzebuerg City Museum s’équipe d’une nouvelle vidéo réalisée par un drone. Dans une perspective extraordinaire, elle fait le tour des différents espaces du musée.

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