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  • Marie-Anne Lorgé

La langue de janvier

Voilà, nous sommes en 2024, année bissextile, quatre saisons s’ouvrent, reste à espérer que ce soit dans le bon ordre.


Dans le poirier noirci, deux rouges-gorges, plumes en boule, attendent en silence que tombe… une neige.


Du reste, janvier est qualifié de mois du blanc… en vertu certes non de la météo mais … des soldes, un principe inventé au XIXe siècle par Aristide Boucicaut, fondateur en 1852 à Paris du premier grand magasin, «Au Bon Marché», d’abord appliqué au linge de maison, dans de beaux draps, et qui, 170 ans plus tard, électrise en masse les stocks qui se démodent. C’est la ruée chiffonnière, qu’aliènent deux mots comptables: bonnes affaires…


Je prolonge mon hibernation. Mon café fume, les toits aussi, «il est six heures au clocher de l’église», la voix de Christophe (le chanteur) grésille dans le poste, qui se consume à dire «les mots bleus, ceux qui rendent les gens heureux». Ça ressemble à une bonne résolution… que l’on dédie à une année «qui se souhaite meilleure que la déjà meilleure précédente, elle-même meilleure. Meilleur est dès lors fils du temps». Disons alors que «Meilleur sera dans l’attitude face à ce qui se rencontre lors du voyage» (merci Monique Voz).


Voyage? Qui est parti? Frank Feitler. Qui a quitté la scène des hommes, et celle du théâtre – il a dirigé le Grand Théâtre de Luxembourg de 2001 à 2015 –, le 21 décembre 2023. Je craignais de lui parler, il imaginait que je le snobais. Et puis le regard a tenu lieu de langage. Un regard bienveillant, infiniment.



Mais donc, nous sommes en 2024, et même en 2024 + 5 jours… de rétroviseurs, de bilans, de rétrospectives et autres inventaires de catastrophes de l’année écoulée, histoire de se convaincre que le monde va revoir sa copie.   


La bonne nouvelle, c’est la lumière, qui, lentement mais sûrement, grignote la nuit, une renaissance astronomique célébrée tout aussi symboliquement que gustativement par une galette de frangipane, ronde et dorée… comme le soleil. Donc, après la choucroute censée retaper les estomacs chavirés des lendemains de fête – du reste, certains placent sous leur assiette une pièce de monnaie comme gage de porte-bonheur , voici la gourmandise typique… du 6 janvier.


Un 6 janvier aussi appelé «jour des rois» dans la tradition chrétienne, par référence à la marche de «savants venus d’Orient»… dont on sait qu’ils n’étaient pas rois et dont on ignore s’ils étaient 2 ou 3, mais des mages ou prophètes popularisés sous les noms de Melchior, Gaspard et Balthazar, apparemment titillés par une étoile, en tout cas par un phénomène lumineux, une apparition, soit, par essence (et par étymologie), une… épiphanie (moult scientifiques questionnent toujours «ce signe du ciel», qui jouit par ailleurs d’une aura poétique), des mages, donc, qui ont fini par débarquer à Bethléem pour rendre hommage à un enfant, appelé Jésus, à coups d’or, d’encens et de myrrhe.


Et aujourd’hui, véritable polémique il y a. D’ordre non pas métaphysique mais… pâtissier: faut-il fourrer la galette avec de la pâte d’amandes ou de la pomme, de l’abricot? Les camps sont divisés, ce qui ne les empêche pas de se réunir autour de cela qui se dissimule dans la brioche, cet objet en porcelaine ou plastique (désormais collectionné) qui a remplacé la fève originelle dès 1875 et qui accorde à celui/celle qui y perd une dent, le droit de se coiffer d’une couronne, et par ce simple morceau de papier doré, de s’autoproclamer roi ou reine d’un jour.


Il semble que d’aucuns se damnent pour le pouvoir, fût-il de sucre, et ce n’est pas du jeu.


En tout cas, puisque les scientifiques ont détecté un sixième sens sur ce paysage étrange qu’est la langue et que tout porte à croire que l’oreille a du goût, je vous propose une pause mélodieuse entre les plats et les fracas.


Au programme, les «Concerts de midi», ceux-là qui depuis 1983 s'inscrivent dans une longue tradition de concerts gratuits proposés par la Ville de Luxembourg certains vendredis (de 12.30 à 13.30h) en des lieux précis. Avis aux mélomanes, et à tous les autres, peu tentés par le lèche-vitrine, amateurs de classique traditionnel et de découvertes plus exotiques. Rendez-vous dès ce 12 janvier, avec l’Ensemble ARS NOVA, ce, dans la salle polyvalente du Conservatoire de la Ville; puis, le 26 janvier avec le pianiste Olivier de Spiegeleir, en l’église protestante. Et on remet le couvert acoustique jusqu’au 24 mai.


Sinon, sur une idée de l’altiste Danielle Hennicot, Lucilin – ou United Instruments of Lucilin, ensemble instrumental luxembourgeois  voué à la diffusion et à la création d'œuvres des XXe et XXIe siècles –, propose un Live Painting Concert, le temps de croiser le son et l’image, de visualiser les univers méditatifs, dynamiques, parfois humoristiques du programme musical, tantôt électronique (cfr Vent Nocturne de Kaaija Saarhiaho), tantôt performatif (cfr le solo écrit par François Sahran), par les dessins, peintures, éléments collés et imprimés réalisés pendant concert par l’artiste Pit Wagner.


Concrètement – visuel ci-dessus –,  la musique interprétée visuellement sera projetée en direct sur les murs de la grande salle du Drescherhaus, à Dommeldange, le 28 janvier, à 17.00h. C’est une expérience inédite, et pour la cause, ça ne se rate pas. Réserv.: hello@lucilin.lu

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