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L’été à coeur

  • Marie-Anne Lorgé
  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Le carillon du marchand de glaces traverse le village comme une madeleine de Proust…


A perte de vue, des tiges de blé coupées en gros rouleaux. Des champs qui ont des allures de bowling tout blond.


Les moissons sont déjà faites. Précoces. Jusqu’à un mois plus tôt qu’il y a 40 ans.


Il n’empêche, l’azuré (ou argus commun), minuscule petit papillon bleu aux ailes découpées en coeur,  continue son festin dans l’armoise, jusqu’au vertige.


Et je marche, et je respire, et j’ai une chance inouïe…


Mais plaisir aussi de partager une autre moisson, vous parler ainsi – entre les valises sur le quai ou dans les soutes, le chat à caser, les fleurs à arroser et les embouteillages en plein cagnard –, vous parler du charme désuet de la carte postale – ou de ces arrivées et départs qui racontent le voyage autrement –, des oracles de Steve Kaspar, de la galaxie Andromède de Sali Muller, aussi d’un lieu d’exposition pas comme les autres, où les œuvres vous accueillent… comme chez soi!


Non sans d’abord vous rappeler Congés annulés, mythique festival d’été aux Rotondes, jusqu’au 20 août. Non sans aussi vous rendre attentifs au marathon de courts-métrages de Filmreakter Juvenile Productions: ça se passe ce 31 juillet, dès 18.00h, au Ciné Utopia, avec, au programme, Of Fuge, une histoire de solidarité adolescente et de peur de l'abandon, De nos jours, une histoire de jalousie et de vidéo qui pourrait tout changer, et Cap ou pas cap, un pari stupide qui tourne au cauchemar. Réserv. à l’adresse: juvenile@filmreakter.lu


Sinon…



Rendez-vous au Cercle Cité dans l’espace du Ratskeller, où la Photothèque de la Ville de Luxembourg a exhumé de ses collections une sélection de 150 photographies, réalisées par 20 photographes (dont Pol Aschman, Batty Fischer, Charles Boucon, Eduard Kutter Jr), qui suivent à la trace le regard de touristes débarqués à/au Luxembourg grosso modo dans les années 50-70 (mais le parcours spatio-temporel s’étend de 1900 à 2026). Depuis les bagages jusqu’au parking de l’autocar en passant par le balcon du Findel – d’où, jadis, on pouvait à loisir rêver aux destinations du ballet des avions sur le tarmac –, et par la flânerie solo ou en groupe à travers la ville, des récits se tricotent qui titillent la nostalgie, le goût d’un antan voyageur qui avait du temps et de l’étonnement.


Arrêt sur les massives carrosseries de l’époque, sur les pierres, sites et fontaines façonnant l’image du cœur d’une capitale emportée par les visiteurs, sur ce  bâti aujourd’hui disparu, témoin de transformations urbaines féroces, sur des vallées, forêts et plans d’eau bondés que l’on croyait connaître, désormais relégués pour de plus exotiques visas, arrêt sur des pauses en terrasse, sur ces bancs où, à genoux, s’appliquer au rituel de la carte postale – visuel ci-dessus: Quand le banc fait bureau place de la Constitution à Luxembourg-ville, 1965 ©Pol Aschman –, sur des instants de joyeuse détente autour de cabines de plage, sur une rencontre ou une attente qui ne dit pas son nom, autant de moments suspendus à ras de paquetage, en plein soleil, sous la pluie, de midi à minuit, autant de visages, de dos, de pas, de kiosques à souvenirs et de scènes parfois cocasses, sinon décalées (cfr le linge à pendre dans la cour d’une auberge de jeunesse), qui s’attardent aussi sur les coiffures et les accessoires d’une  mode estivale qui raccourcit les jupes sans bouder le foulard.


Cette sélection est enrichie de clichés très personnels de photographes luxembourgeois pris en villégiature ou en transit à Paris, Rome, Milan, Londres, Manhattan, Bronx… On se surprend à deviner l’escale, le port, la montagne.


Et tout se raconte en noir et blanc, climat typique du film de la mémoire…


More than a Postcard. Le Luxembourg entre arrivée et départ, au Ratskeller (Cercle Cité), un dépaysement délicieux, un rétroviseur du même acabit… jusqu’au 20 septembre (du lundi au dimanche de 11.00 à 19.00h, visites guidées le 29/08 (L), le 19/09 (F) et le 20/09  (En)). Catalogue de 224 pages en vente 15 euros.


L’expo – une quarantaine de photos supplémentaires consacrées au tourisme, au voyage, au camping et aux vacances à domicile – se poursuit dans la passerelle piétonne reliant la place de la gare au quartier de Bonnevoie, jusqu’au 31 août.



Des mots tremblent, des lettres se détachent, des phrases se hachent comme dans la langue fêlée du schizophrène: c’est ainsi que Denis Gielen, directeur du MACS-Grand-Hornu, parle de En avant comme en après, l’expo de Steve Kaspar qu’il curate à neimënster.


Steve – décédé en 2020 –, c’est d’abord un musicien qui expérimente des paysages sonores. Mais c’est aussi un artiste qui développe par le dessin un langage visuel évoquant une partition musicale, en tout cas, un langage fait de formes géométriques ou primitives, de lignes et de signes hybrides (visuel ci-dessus), aussi attachants que déroutants – et Steve l’était, attachant et déroutant.


Ici, en grands formats sur papier Steinbach, les dessins sont issus de la série Générations, réalisée entre 1992 et 1997, dessins d’une extrême économie où flottent des inscriptions aux allures de perceptions, souvent énigmatiques, noyées dans un océan de sens possibles, mais plutôt solaires (tu dois te reposer, je parlerai pour deux, sérénade, silence, il est temps, d’autant que), comme un sel jeté sur un cheminement, sur un devenir autre (Plus est en nous). Aussi sur une autre façon de Lire le monde, lire les gens (en vertu du titre d’un portfolio collectif de multiples).


Steve Kaspar en dessins, c’est une plongée métaphysique, une apnée poétique qui trouble autant qu’elle interpelle notre aveuglement, notre inconscient. Jusqu’au 1er novembre (entrée libre dans la cloître, de 10.00 à 18.00h).



A la Valerius Gallery, une expo collective se risque à dire que God is a Woman, Hallelujah ! … et à en faire la démonstration ( ?) en réunissant les médiums, techniques, pratiques et perspectives de six artistes femmes, à savoir: la figuration avec Ethel Coppieters (B) et Donglai Meng (Chine) – l’une en portraits monumentaux célébrant la sororité et l’autre, en un florilège de scènes oniriques inspirées de légendes urbaines (des histoires de poissons mangeurs d’hommes) –, puis, le potentiel expressif de la matière avec Natacha Mankowski (F) – cfr ses étranges empâtements sculpturaux – et Saar Scheerlings grâce à des linges anciens récupérés et retissés en formes évoquant des talismans, et enfin, la vaste question de la perception avec Samira Hodaei (Iran) – qui observe les activités subconscientes (rêves, fantasmes..) – et Sali Muller, artiste conceptuelle luxembourgeoise, magicienne de lumière.


Zoom sur Sali Muller (née en 1981), avec sa façon d’explorer les sentiments universels de doute, d’introspection et de révélation de soi… à travers un objet simple, quotidien, le miroir, qui incarne depuis le nuit des temps le champ des allégories de l’auto-représentation, du reflet, de la vanité, de l’identité, des illusions aussi…


Sali et le miroir, c’est une déjà longue histoire... qu’elle poursuit à coups d’installations sculpturales lumineuses, recourant à toute la technicité, toute la poésie, la mystique aussi, de surfaces miroitantes et autres matériaux réfléchissants/éblouissants qui donnent accès à une autre temporalité et à un multivers, à d’autres espaces, physique, imaginaire, parallèle, avec les sensations et les expériences que ces autres espaces impliquent.


Il est aussi question de métamorphose, du familier à l’étrangeté, à la faveur de l’endroit où la l’oeuvre se place, selon l’heure du jour ou de la nuit, et en interaction avec le mouvement/ déplacement du spectateur…irrésistiblement aspiré par la contemplation, irrémédiablement invité à la réflexion. En tout cas, grâce aux perforations opérées dans le film optique multicouche, on se balade au milieu de constellations d’étoiles… et c’est divin. Divinement… beau (visuel ci-dessus:  Andromeda. Orion, 2024).


A la Valerius Gallery, 1 Place du Théâtre, Luxembourg, jusqu’au 12 septembre.



Fin du parcours. Terminus à Belair, au 21A de l’avenue Gaston Diderich, le temps de pousser la porte de la Subtile Gallery, soucieuse de scénographier dans son bel et vaste espace blanc ses créations coups de cœur (vintage et contemporaines), autant de peintures, sculptures, miroirs, compositions florales, pièces de mobilier et céramiques agencées en dialogue et surtout en équilibre, avec soin apporté à la communion des tons, à la complémentarité des formes et des lignes. Un agencement tel qu’on le concevrait idéalement pour son intérieur personnel. Perfusé par l’idée du partage. Et de la découverte (visuel ci-dessus).


Ambiance conviviale voire bigrement cosy , c’est le maître-mot de la Subtile Gallery, inspirée et inspirante, qui accueille des workshops et où, entre les œuvres et les objets choisis selon une dynamique sensible (notez du reste une prochaine expo consacrée au peintre Massimo Beni) , des «moments» sont initiés, associant musique, lunch et performance (dont live painting).


Avis aux curieux, et à tous les autres, du jeudi au samedi, de 11.00 à 18.00h, contact: info@subtile.style, tél.: 621.30.18.44.

 
 
 

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