top of page

Jeu & noeud

  • Marie-Anne Lorgé
  • il y a 7 heures
  • 5 min de lecture

C’est J- 8 avant l’éclipse solaire quasi-totale (le 12 août).



En attendant, pendant que tout brûle, les aoûtiens (les vacanciers) hésitent entre tongs (ou Smartphone coincé dans le slip de bain) et introspection sur les chemins de Compostelle. Tout est question de pieds… de leur goût du sable ou d’un temps à retrouver pour soi.

Pour l’heure, je regarde le monde en arrosant mon jardin….


Et juste l’envie de vous partager deux rencontres. Avec des électrons singuliers, qui émargent/émergent.


Soit, avec Zohra Mrad, artiste multidisciplinaire, toute solaire dehors, complètement dark au-dedans. Et avec l’équipe de Juvenile Productions, ces jeunes (de 15 à 27 ans) souvent en décrochage scolaire ou en perte de repères quant à leur avenir pro, à qui s’est offert – comme un  projecteur dans une nuit sans lune – un programme d'ateliers de cinéma gratuit, en l’occurrence porté par l'association Filmreakter, fondée en 2022 dans un objectif de processus créatif et d’inclusion sociale, proposant ainsi un apprentissage complet (les ateliers ont lieu aux Rotondes de Bonnevoie) de l'écriture au tournage, du jeu d’acteur à la post-production –- à l’exemple du très populaire «Lost Weekend», un concours/challenge de réalisation de films en 48 heures, lors du LuxFilmFest.



Et quid? Eh bien, dernièrement (le 31/07), au Cinéma Utopia, projection il y a eu de 3 courts-métrages réalisés de A à Z par Juvenile Productions, et ça valait le détour… pour l’enthousiasme contagieux, dégagé et investi. Aussi pour l’intensité des propositions.


Ainsi, De nos jours, très court film planté sur un ring de boxe, zoome sur une rivalité sportive, sur l’insidieux mécanisme de la jalousie entre deux jeunes femmes… jusqu’à ce qu’une vidéo de baisers, volés dans les toilettes à l’insu de Nesrine, la talentueuse kick-boxeuse repérée par un coach renommé, se propage comme un poison éclair sur les réseaux sociaux et se solde radicalement par son éviction. Dans Cap ou pas cap, changement de ton, virage à la comédie décomplexée sur fond de sex toy… à récupérer d’urgence, et par tous les moyens (aussi drôles qu’hors-la-loi), dans la maison de la prof qui l’a confisqué.


Par contre, si Of Fuge parle de solidarité adolescente, c’est une histoire qui fait froid dans le dos. Et du reste, ce n’est pas une histoire, c’est un fait réel, du vécu clandestin tranché dans le vif, interprété avec une désinvolture aussi désarmante qu’insolente. Elle a volé, a perdu dans sa fuite sa carte d’identité… et se réfugie chez une bande des potes dont les parents sont absents (visuel ci-dessus) ces potes, nos enfants, que l’on imagine insoupçonnables , où l’alcool se boit au goulot…


Défi, pari (stupide), dynamiques relationnelles… tout y passe de la vie secrète ou paumée de la jeunesse, qui tout joue avec naturel, à coups d’improvisations, comme si la vie… n’était qu’un film.



Direction le Casino Display (rue de la Loge, Luxembourg), pour la session finale, la sortie de résidence de recherche (de 5 mois) de Zohra Mrad, artiste multidisciplinaire tunisienne-luxembourgeoise, basée au Luxembourg, conceptrice d’interactions entre artistes et entre pratiques, fondue de digital, de transpositions sur moult supports, de distorsions, de noise, d’expérimentale et extrême scène musicale, et qui, aujourd’hui, passe (notamment) du digital au geste, en l’occurrence au verre, ce matériau translucide mais parfois miroitant. En tout cas, un matériau fragile et tranchant, comme une métaphore de l’hypersensible qu’elle est, rongée par la douleur, personnelle et collective, somatique et psychique, et plus globalement par la violence du monde.

 

Surtout, Zohra, c’est l’incarnation des installations interactives et immersives qui mêlent technologie et expérience humaine, et pour le coup, puissante, troublante, bouleversante est l’expérience dont procède et qu’implique What Holds, une monumentale et magnifique structure de cordes blanches nouées, activée comme un corps par du son et de la lumière.  


Pour Zora, la corde, c’est la transfiguration de sa douleur, elle en explore donc toutes les dimensions – celles de dominé/dominant et de plaisir incluses – dans What Holds, une installation aux allures de jeu (labyrinthe contrarié par une balançoire), conçue avec Elsie, artiste de shibari, et qui se joue des ombres projetées au sous-sol du Casino Display, comme une métaphore de la caverne de Platon reste à espérer que cette installation devienne nomade, qu’elle circule en divers lieux essaimant son enjeu, créer des espaces de guérison inattendus, des environnements de résistance, des moyens de nous aider à survivre, à nous souvenir et à transcender la violence… un dépassement qui suppose que l’on n’est pas seul. 


What Holds est l’ultime œuvre de WAYS TO, titre générique que Zohra a donné aux 4 sessions de sa résidence, invitant chaque fois des concerts, des expos collectives et des performances, dont celle qui entend atténuer notre expérience de la douleur… en compagnie de la tatoueuse Jana Kaulmann (visuel ci-dessus), et que Zohra réactive dans sa session finale, en une version générative, aussi elliptique que narrative.


Et tout n’est pas dit, dès l’entrée, WAYS TO/finalsession4 scénographie les récentes expériences de verre de Zohra, inspirées d’une illustration de Léa Valet – artiste pluridisciplinaire active au 1535° créative Hub Differdange –- où deux jeunes femmes à genoux, dénudées, sorties d’un cabaret improbable, tiennent à bout de bras leur tête d’où, comme des cheveux devenus fous, leurs pensées s’échappent en pagaille. Un chaos que Zohra transpose… dans un utérus !


++++


Pour conclure, parenthèse liée à So So Summer, ce programme de soirées d’été pleines de charme et de bonne humeur organisées dans le cadre exceptionnel du Waassertuerm+Pomhouse à Dudelange jusqu’au 27 août, offrant entre autres l’occasion de découvrir l’expo Marie-Claude Deffarge & Gordian Troeller - Keine Bilder zum Träumen parallèlement présentée aux Rencontres photographiques d’Arles , hormis des performances musicales et… des mets savoureux  notez que les recettes du bar sont reversées à l’asbl Catch a Smile a.s.b.l. pour soutenir leur cause,  apporter une aide humanitaire directe et du matériel de première nécessité sur le terrain aux migrants.


Et puis, notez aussi la sortie de Fe Magazine, une publication semestrielle de l’asbl FerroForum qui donne une voix au patrimoine sidérurgique luxembourgeois et dont la dernière édition s’attarde sur des collections privées, notamment de Timo Bertinelli – impressionnant fonds de cartes postales et de photos anciennes consacrées à l’industrie du fer au Luxembourg; il y est aussi question des activités de l’association Train1900. Pour s’abonner, c’est simple, il suffit d’envoyer ses coordonnées à moien@ferroforum.lu


Notez enfin que Catherine Lorent est la lauréate de la bourse d’aide à la production pour artistes céramistes 2026 – il s’agit de la bourse Fondation Schleich-Lentz sous l’égide de la Fondation de Luxembourg –, pour son projet FIGURA ALLEGRA, un ensemble de 3 sculptures céramiques intégrant le son comme une composante active de l’oeuvre, ce, autour du Leviathan, une figure en argile émaillée développée depuis 2010.

 
 
 

Commentaires


bottom of page