• Marie-Anne Lorgé

Hitchcock, une marque

J’ai le vertige. Le vide me donne des sueurs froides. Rien à voir avec la tragique acrophobie de Scottie (James Stewart dans Vertigo), mais c’est bien d’Hitchcock dont je tiens à vous parler. A la faveur d’une expo unique. Déployée au Cercle Cité, dans son espace Ratskeller (jusqu’au 10 avril). Une initiative de Paul Lesch, directeur du CNA, qui dévoile ici les pièces, souvent originales photos, clichés iconiques, bandes-annonces, unes de magazines, caricatures, bédés, oeuvres d’art, objets, livres, dédicaces d’Eric Rohmer, Truffaut, Chabrol pour qui Hitchcock était un maitre absolu , composant sa collection privée.


Une collectionnite époustouflante, miroir de la fascination aiguë de Paul Lesch pour le langage cinématographique, particulièrement nourri par l’univers d’Alfred Hitchcock, cinéaste parmi les plus essentiels et les plus étudiés de l’histoire du cinéma, toujours aujourd’hui, quarante après sa disparition (en 1980, à l’âge de 80 ans).



Si tout a été dit et écrit à propos des thrillers hitchockiens, Paul Lesch réussit à encore surprendre, en se focalisant sur le personnage, devenu «une image publique forte et cohérente», une sorte de «marque Hitchcock» qu’il «a créé et cultivée lui-même tout au long de sa carrière». Et Hitchcock. The brand, l’expo, documente jusqu’au vertige les dispositifs de cette autopromotion, dont sa façon de toujours apparaître, furtivement, dans ses films, de ne pas résister, lui artisan/architecte de la peur, de la culpabilité et de la perte d'identité, à faire le pitre, à se moquer de son surpoids. Sa façon aussi de charmer la presse et d’inspirer moult artistes de tout acabit et médium. Y compris la Luxembourgeoise Tina Gillen qui, dans Playground, une toile dépeignant une structure de jeux métallique, une «cage à poules», emprunte à une photographie de tournage du film Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock.

Dans Hitchcock. The brand, jeu de piste dans une passion contagieuse, on va d’étonnements en surprises. Et donc, on se précipite au Ratskeller, espace d’expo du Cercle Cité (Place d’Armes, Luxembourg), entrée rue du Curé, tous les jours de 11.00 à 19.00h, www.cerclecite.lu


Ephémérides – avec ou sans Alfred.


Il paraît qu’Hitchcock «aurait voulu toute sa vie faire des films d’amour. Mais comment faire un film d’amour sans tomber dans les clichés? Prendre alors une autre voie, soit le suspense, générateur d’angoisse et d’émotion, comme il l’a fait avec "Notorious", "North by Northwest", "Marnie". Hitchcock y a cherché le secret du cinéma: comment être aimé quand l’autre est un fantôme, une image, un masque? C’est le point de départ de "Vertigo", de ce vertige que provoque tout regard».


En tout cas, j’ai repéré une citation d’Hitchcock qui devrait aider les candidats de la Saint-Valentin en panne de mots doux: «Pour rouler au hasard, il faut être seul. Dès qu'on est deux, on va toujours quelque part».


Quant aux oiseaux, ceux du moment sont cendrés comme des grues. Dont le ballet aérien est de retour. Dans le ciel de mon village. Voilà qui délie les langues, tout autant que les touffes de perce-neige. On observe les frémissements du changement de saison. Bref, on parle. C’est tout bête. Ou, plutôt, c’est tout simple.


Une simple recette apparemment appliquée… dans certains hypermarchés, qui ouvrent des «blabla caisses», où prendre le temps de se taper un brin de causette avec la caissière. Tant pis pour le client pressé. Dans mon village, y a plein de quartiers blabla, où le temps ne file pas comme un bas, rien ne s’y achète, on ne vend rien, si ce n’est du vent, celui-là qui monte les petites choses de la vie en sauce.


Sans transition (quoique !), j’en profite pour vous signaler qu’un nouveau lieu de paroles est né à Paris, de paroles poétiques en l’occurrence, il s’agit de L’ours et la vieille grille, un café-librairie (Paris 5e) où Serge Basso de March, aussi auteur d’aphorismes, débarque ce soir, à 19.30h, pour se raconter au travers de son dernier recueil Triptyque d’un horizon aperçu recueil, du reste disponible dans toutes les bonnes librairies de Luxembourg, où il est question «de ces moments inquiétants et magnifiques où sur la ligne lointaine et si proche de l’horizon on sait la mort, le vieillissement».


Serge n’est pas tout seul. A ses côtés, Kouam Tawa, poétesse conteuse camerounaise, «prête sa voix aux femmes africaines pour chanter leur destin» dans Elles.


Et puisque la belle parenthèse est africaine, notez aussi que le photographe Philippe Desquesnes (ou Phil Deken, à qui l’on doit Urbs – Fragmenta Romana en 2016), a commis un beau livre sur le Namib, considéré comme le plus vieux désert du monde. 106 photos couleurs – certaines aériennes, d’autres dédiées à l’éléphant, qui «pratique la gestion durable depuis des siècles», à l’acacia, à la mer bue par le sable, et au peuple Damara, l’ethnie principale du Namib, à sa «langue sucrée-salée caressante et giflante à la fois» assorties de textes bilingues français-anglais. Infos: phil@pdeken.com


Retour au village. Où, évidemment, il y a aussi des fenêtres sur cours – et jardins , soit, une probabilité de regards indiscrets … en parfait accord avec la chanson Les voisines de Renan Luce, qui, dans son clip, se met en scène jambe cassée, assis dans un fauteuil espionnant des voisines avec des jumelles: une allusion directe… au film d’Hitchcock, Fenêtre sur cour.


Nous y revoilà.


Et donc, ne ratez pas Hitchcock, un acteur qui ne s’ignore pas, la conférence de Paul Lesch, en français, le 30 mars, à 18.30h, dans l’Auditorium Cité (3 rue Genistre). Entrée libre (mais réservation, cerclecite.lu).


Je m’en voudrais aussi de ne pas vous dire qu’au 1er mars, Anouk Wies – une belle personne au regard aussi avisé que sensible quitte le Cercle Cité dont elle a assumé la direction artistique 12 ans durant. Anouk se projette désormais dans les projets culturels de l’Uni à Belval. Bon vent.

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