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Floconneux

  • Marie-Anne Lorgé
  • il y a 12 minutes
  • 4 min de lecture

Si je vous en parle, de la neige, c’est parce qu’elle risque de disparaître comme elle est venue, et parce que, vivant entre champ et forêt, hormis le cortège des tracteurs, il n’y a que mes traces de pas dans la poudreuse, mes noires empreintes dans ce blanc qui, tout éphémère qu’il soit et sans doute parce qu’il est précisément éphémère , offre le spectacle d’un magique coup de gomme, plus rien de boueux, ni de houleux. Une sensation d’éternité, et puis, le silence. Et l’on comprend l’amertume qui percole dans la merveilleuse question (attribuée à Shakespeare?) du «où va le blanc quand la neige fond?».

 

En attendant, d’abord, au matin frileux, je fais naître du feu, geste aussi patient qu’envoûtant, comburer du bois jusqu’aux braises, souffler pour en faire surgir des étincelles ça a l’allure d’un rituel de vie , et puis, de ma fenêtre, j’observe le tourbillon des flocons, enfin, après le café noir fumant et une tranche de galette des rois, cette frangipane rescapée de l’Epiphanie , je sors les accessoires de l’originel paysage d’hiver, bottes, gants, bonnet, pour alors, loin de l’embarras des routes et de la ville, m’enfoncer dans le vocabulaire du blanc en langage inuit, cinquante-deux mots qualifient la neige… qui tombe, est tombée… croustillante, mouillée, durcie. 

 

Retour au chevet du feu, que je réveille… L’image est belle. Pour autant, ce que je vous propose, c’est de rallumer la sensibilité grâce à la parole. La voix.

 

Dans le genre, 4 spectacles immanquables.



D’abord, pour Cyrano, Phèdre et les autres, la dernière création performative de l’inénarrable Isabelle Bonillo réactivant de célèbres monologues associés tant à sa vie privée et théâtrale qu’à la vanité du monde, il reste une ultime date, ce 10 janvier, à 19.30h, au TNL (Théâtre National du National) là, où, en création mondiale, partant d’un scénario poignant de Nicolas Steil, le metteur en scène Frank Hoffmann va nous embarquer sur un vaisseau fouetté par l’enfance maltraitée, par Les voleurs d’amour, à partir du 28 janvier.

 

Ensuite c’est l’exception muette , du cirque nouveau avec IRROOTTAA de la compagnie gantoise Grensgeval, épaulée par Circus Katoen, qui débarque aux Rotondes (Bonnevoie) les mains et les pieds chargés d’un adorable message: sur la scène comme dans la vie, c’est quand on laisse les balles nous filer entre les doigts que les plus jolis accidents se produisent (visuel ci-dessus).

 

Et des balles, il y en a beaucoup, beaucoup trop, toutes blanches, toutes légèrement différentes les unes des autres, et surtout, incontrôlables, aussi insaisissables que des flocons survitaminés. Le duo de circassiens a beau essayer de les canaliser, rien n’y fait, elles n’en font qu’à leur tête, se collant au plafond, fusant dans les jambes du public, rebelles, espiègles, insolentes 45 minutes durant. A voir en famille (dès 4 ans) avant ou après une partie de luge, le 10 janvier à 15.00h et 17.00h, ainsi que les 11 et 13/01 à 15.00h.


Et puis, roulement de tambour, advient ce dont tout le monde parle, à savoir: Le Siècle de Lucia / Non Trovo Il Filo, un poème-opéra de Jean Portante, une création intime où se mêlent les réminiscences de l’Italie et l’empreinte du Luxembourg, un voyage émotionnel et sonore – grâce à Maurizio Spiridigliozzi – mis en scène par Claude Mangen: ça se passe au Mierscher Theater les 15 et 17 janvier, à 20.00h.


Cette œuvre relate, entre fiction et mémoire, le destin de Lucia. Lucia, c’est la mère. Elle est sur son lit de mort. Ou est-elle déjà décédée? Des ombres en tout cas tournoient autour d’elle. Lucia a eu une vie rocambolesque qui d’Italie, de San Demetrio, dans les Abruzzes, l’a catapultée au Luxembourg, dans le bassin minier. C’est la guerre qui l’a voulu. Elle ne lui a pas apporté la destruction, mais l’amour. Nommé Lorenzo, un jeune soldat passant devant la grille de son jardin; elle a 15 ans, sa vie va basculer…


Leur fils, Jo, devenu écrivain, entreprend de raconter la rencontre, le départ, l’arrivée, le déracinement. Il lui faut tout réinventer, puisqu’il n’en a jamais été question à la maison. Sauf que Lucia a déjà couché son histoire. Par écrit. Dans un cahier Atoma qu’elle a caché au fond d’un carton. La fiction du fils croise le récit autobiographique de la mère. Et les secrets ainsi enterrés dans le passé de remonter à la surface.


Enfin, retour à Luxembourg, au Grand Théâtre, pour Au cœur des voix, une soirée théâtrale mais aussi lyrique, d’une rare intensité, initiée par l’Ensemble Lucilin et portée par un répertoire qui traverse des airs d’opéra jusqu’à West Side Story. Transport assuré le 18 janvier, à 17.00h.


Sous le regard de la metteuse en scène Lucie Berelowitsch, ce que Au cœur des voix promet, c’est de nous faire voyager des rues de New York aux rives de Buenos Aires, en mêlant les musiques de Bernstein, Fauré, Piazzolla, Mozart et bien d’autres, revisitées sous un prisme contemporain. Dans cette traversée musicale – d’1h30, en français, anglais & espagnol –, des voix d’exception (Sonia Bonny, Raquel Camarinha, Julie Hega et René Ramos Premier) dialoguent avec les musicien·ne·s de United Instruments of Lucilin. 


Il est 17.00h. Le jour se couche. Il a rendez-vous avec la lune. Je repars dans le blanc. Pour une conversation avec un bonhomme de neige, flanqué d’un sourire en boutons de culotte…

 
 
 

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