• Marie-Anne Lorgé

En trois dimensions

Mis à jour : mai 22

Le Gare Art Festival a 20 ans. La belle affaire? Eh oui. C’est l’occasion de réfléchir à l’art en espace public, de faire un zoom sur la création in situ, en l’occurrence sur les processus inhérents à la sculpture, cet art dont on croit tout connaitre et qui est en évolution.


Et donc, le Gare Art Festival (GAF) fête son 20e anniversaire. En fait, la situation virale a gâché la fête qui aurait déjà dû avoir lieu en 2020. Du coup, on rattrape le temps – avec un programme nomade –, sans attendre l’été, saison propice pour la création plein air, adaptée à cet «atelier collectif à ciel ouvert, en live et public» qu’est ledit GAF.


Et précisément, le GAF, c’est quoi? C’est cette singulière rencontre annuelle – ou «symposium» dans le jargon –, traditionnellement estivale, de six sculpteurs luxembourgeois & internationaux, fédérés à chaque édition autour d’un matériau différent – le bois, le métal, le béton… – qui pendant sept jours revitalisent un quartier particulier, celui de la gare (comme son nom l’indique), «au gré des divers chantiers qui ont transformé l’environnement urbain». Donc, une revitalisation par l’art et par les liens qui se tissent entre les habitants du quartier et les spectateurs.


Tout comme les hommes, et les femmes, les œuvres bougent: une fois le symposium clos, elles s’exposent dans la verrière de la gare de Luxembourg. En tout cas, voilà qui, depuis les débuts du projet, porte le compteur chrono et créatif à 120 oeuvres produites par 113 artistes de 38 nationalités.


Pour le moins, ça mérite bien une célébration. Qui plus est, une célébration d’envergure, qui commence dès aujourd’hui pour se prolonger jusque fin septembre, qui va s’étendre dans toute la ville (donc, bien au-delà du seul quartier Gare) et qui aussi, via une expo rétrospective installée à la CSL-Chambre des Salariés de Luxembourg, tire son chapeau «à l’équipe de bénévoles du Groupe Animation Gare asbl, acteurs et témoins dévoués à leur quartier, sans qui rien n’aurait été possible», à commencer par Florence Hoffmann qui pilote l’aventure depuis 2003.


En gros, le gâteau anniversaire du GAF se partage tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Et concrètement, ça donne quoi?



D’abord, on circule. Deux parcours pédestres sont possibles, de 3,3 km ou de 6,9 km, qui relient 23 lieux – partant de la gare jusqu’au Kirchberg, en passant par des parcs, autres espaces publics et vitrines de commerçants –, qui donnent une visibilité à une sélection de… 30 sculptures (cfr photo avec les alus de Florence Hoffmann installés dans le parc Pescatore). 30 œuvres originales issues du fonds de l’asbl (qui en a fait don en 2015 à la Croix-Rouge, à Colpach) ou de collections privées, ou prêtées par les artistes eux-mêmes.


Le sésame, c’est un QR code. A scanner dès le départ via votre smartphone. Votre circuit urbain – que vous pouvez entamer n’importe où est ainsi clairement balisé. Quant à savoir qui expose quoi, ce sont les QR codes présents sur les socles des œuvres qui vous informent, en anglais et français, à la fois sur l’oeuvre et sur l’artiste.


En tout cas, pister ainsi les sculptures est une façon d'apprivoiser la ville autrement – ça implique de prendre son temps... et c'est encore mieux en baskets! A tester, et recommencer, jusqu'au 10 septembre.


Pour vous simplifier la vie, un programme de visites guidées (d'1h30, en 3 langues) est également mis en place (aussi pour personnes à mobilité réduite) dont l’inscription se fait online (www.gareartfestival.com). Groupes limités à 10 personnes.



Pour ce qui est de l’expo rétrospective, intitulée 6x7x20(1), une énigmatique formule mathématique qui signifie «6 artistes oeuvrant pendant 7 jours depuis 20 ans + 1 année», ça se passe donc à la CSL -Chambre des Salariés de Luxembourg, ce bâtiment qui fait face aux Rotondes, à Bonnevoie, où, en façade, la plasticienne Claudia Passeri a placardé une fresque à l’allure d’ancienne peinture publicitaire, y détachant en majuscules les lettres de Sous le haut-patronage de nous-mêmes, une dédicace qui ne manque ni de fronde ni de sel (photo: «Pavillon de résistance», 2019, © Claudia Passeri).


Sur quatre étages du bâtiment, de haut en bas, vous suivez un marquage ocre au mur, sorte de fil d’Ariane dévalant les escaliers, où repères chronologiques, anecdotes et photos d’archives racontent les coulisses de ces moments de création et de partage que les symposiums ont cristallisés vingt ans durant, au cœur du quartier Gare. Des moments parfois compliqués, toujours forts…


Bien sûr, 6x7x20(1) est aussi un lieu de monstration. Dans et entre les étages, à coups de plateformes et de socles, c’est l’occasion de découvrir les œuvres actuelles d’une sélection d’artistes. Une sélection réduite à… 11 artistes… luxembourgeois, à savoir: Jhemp Bastin, Gérard Claude, Yvette Gastauer, Heather Carroll, Florence Hoffmann, Assy Jans, Anne Lindner, Maryse Linster, Christiane Modert, Nadine Zangarini et Nathalie Zlatnik. Des maquettes et moulages de sculptures sont également exposés, «eux qui constituent des témoins privilégiés inspirant la réflexion sur le processus» créatif – du reste, trois artistes de la sélection présentent non pas un travail sculptural mais «des œuvres en deux dimensions».


L’expo se boucle avec Ces artistes qui sculptent vos étés, un documentaire de 15 minutes – signé didascalie production, réalisé par Laetitia Martin et produit par Loup de Luppé, sachant que Marc Mergen en a composé les musiques originales –, qui, interviews et reportages à l’appui, retrace les éditions 2017, 2018 et 2019 du Gare Art Festival «en un portrait attachant».


A la CSL, Chambre des Salariés, l’expo 6x7x20(1) vous attend jusqu’au 10 septembre (de 08.00 à 18.00h, sauf le week-end).


Chemin faisant, voici l’été, avec retour du plein air et du «traditionnel» Symposium de sculptures. Qui aura lieu sur la Place de la gare du 30 juillet au 6 août (puis dans la verrière de la gare de Luxembourg du 7 août au 23 septembre 2021), et qui, raccord avec un enjeu actuel, embarque le thème de l’économie circulaire.


La sculpture est en phase avec son monde et le GAF, dont la logistique relève du casse-tête, avec des artistes au profil singulier – créant sur commande (en quelque sorte), en un temps limité et en dépit des caprices météorologiques – et le GAF, dis-je, est une animation au sens étymologique («donner de la vie»), un challenge qui fait sens.


Et si vous êtes en quête de parcours artistique pour ce long férié de Pentecôte, je vous conseille un autre rendez-vous de tradition, le KonschTour (initié par Viart asbl), une promenade à travers Vianden et ses alentours, dans la nature (parc naturel de l’Our), la gastronomie locale et surtout, d’une exposition d’art à une autre. Ces 23 et 24 mai, les deux jours de 10.00 à 19.00h, KonschTour, qui en est à sa 8e édition, rassemble près de 50 artistes – dont aussi le violoncelliste André Mergenthaler le temps d’un concert – dans les églises, les ateliers et Al Schräinerei, l’ancienne menuiserie transformée en galerie. Infos: viart.lu & konschtour.lu

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