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  • Marie-Anne Lorgé

Effet papillon

L’été indien est en avance. La rentrée ouvre son oeil – quelques battements en fin de post, dont ceux de Sandra Biewers (visuel ci-dessous), l’une des 38 artistes qui sèment actuellement leurs oeuvres en pleine nature, à travers la réserve naturelle «Ellergronn» (Esch-sur Alzette) – et sans doute qu’il est l’heure de doucement refermer mon journal de campagne (et d’enfance).



Non sans d’abord vous parler de madame Laure. Une grand-mère de substitution. Sans âge, le chignon collé au-dessus d’une broussaille de cheveux blancs.


Chaque jour, sur le coup de 16 heures, elle se tenait sur le seuil de sa porte, sur la première marche d’un escalier poli par les générations, entourée de ses cinq poules et de ses trois chats. Eblouie par le soleil, elle nouait son tablier, d’un bleu layette – je me suis souvent dit que c’était un leurre à papillons. Dans sa cuisine, qui sentait le beurre, un évier creusé dans la pierre et, sur la table cognée par le temps et les épluchures, une boîte en fer, au fleuri décor délavé, avec des galettes encore chaudes, rondes comme des couvercles de pots de confiture.


Le rituel était immuable. D’abord, la traversée du potager – un oeil jeté sur les salades, une main passée dans les crambés, drôles de choux, dits marins –, déambulation en pointillé – Laure peinait de la hanche – jusqu’à la petite barrière de bois toute de guingois, flanquée comme une sentinelle par un nain de plâtre, borgne mais repeint chaque printemps.


Ça prenait du temps, et le temps s’en fichait. Détour par les pois de senteur, fleurs grimpantes aussi frêles qu’odorantes – j’en ai planté le souvenir, des grappes du genre escaladant désormais ma palissade mitoyenne. Au final, Laure entourait de ses bras le tronc d’un tilleul, allez savoir qui parlait à l’oreille de qui, en tout cas, c’est à ce moment-là, yeux clos – j’étais invitée à faire de même – que Laure racontait. Elle rembobinait les saisons, mélangeait le vrai et l’embelli, le pas tout à fait faux, les prénoms, les alliances, le linge, les maraudes, les paysages, les bouts de ficelle, les mailles à l’endroit et à l’envers, les chutes et les rosées, les arrivées et les départs… ça durait et ça riait, toujours.

Ces histoires, je les ai toutes consignées, curieusement, ça m’a appris à oser penser et surtout, à ne jamais m’empêcher de rêver.



Sur ce chemin, une autre voix, celle d’Anise Koltz, «la grande dame des lettres luxembourgeoises» (photo ci-dessus © Wolfgang Osterheld).


J’imagine qu’Anise a tenu des cahiers d’enfance. Et d’errance. En tout cas, c’est elle (je la paraphrase) qui chaque matin après lui avoir brossé les ailes/ range son ange gardien/ dans le placard. C’est elle qui, pour questionner l’âpre réalité d’une nature barbare, pour écosser les maux intimes et du monde, n’en finissait pas de Casser le mot Comme une noix pour En extraire le noyau Le broyer entre les dents Le recracher au poème.


La messagère Anise – mais un messager/ sans message/ comme le vent – internationalement primée – dont Prix Goncourt de la Poésie 2018 – est décédée le 1er mars dernier à l’âge de 94 ans. Aujourd’hui, en hommage, neimënster renomme une salle de l’abbaye à son nom – il s’agit de l’ancienne salle de greffe, cet espace un temps transformé en boutique, désormais dédié à la création.


L’inauguration de la salle Anise Koltz aura lieu le 12 septembre, à 19.00h, un événement organisé en collaboration avec le Printemps des Poètes-Luxembourg, en présence entre autres de deux poètes majeurs qui lui étaient proches: le Belge Guy Goffette (Grand Prix de Poésie de l’Académie française en 2001 et Goncourt de la poésie en 2010) et le Luxembourgeois Lambert Schlechter (Prix Servais en 2007 et Prix Batty Weber en 2014).


L’encadrement musical des témoignages et des séquences de lecture sera assuré par la claveciniste Anne Galowich qui n’est autre que la petite-fille de la poétesse – et pour compléter l’écrin, une exposition d’aquarelles de Jean-Jacques Laigre inspirées des poèmes d’Anise Koltz.


Entrée gratuite mais réserv. obligatoire, tél.: 26.20.52-1, contact@neimenster.lu



Sinon, à ciel ouvert, en suivant le vent, rendez-vous le dimanche 10 septembre dans le jardin de Canopée asbl, au Pfaffenthal. Au programme de ce «RDV au Jardin de Canopée» qui en est à sa 6e édition, des propositions artistiques (concert et atelier Djembé avec Ebrima Maas, Poèmance avec Joël Delsaut, spectacle danse par MAN’OK, concert Open Jam World Music avec Achal et Cie) et des activités potagères et culinaires (cuisine aux herbes sauvages avec Lucie Bonfiglioli), le tout de 11.00 à 18.00h.


En clôture, précisément à 18.00h, Les Piafs, performance théâtrale écrite – texte librement inspiré de la comédie utopique Les oiseaux d’Aristophane – et mise en scène par François Baldassare. Une critique comique de la société, des lois, et du vivre ensemble finalement. Avec Joël Delsaut, Julien Turgis, Léa Wiplier, Yohann Wattiez, Vera Vera, Isabelle Schiltz, Claudio Walzberg, François Baldassare.

Et une nuée d'oiseaux interprétés par les enfants de l'Atelier Zeralda.


On s’inscrit, on réserve, infos: www.canopee-asbl.com


Sans quoi, c’est dans le sud eschois qu’il faut descendre pour une immersion de l’art au vert. Eh oui, au «Ellergonn», la nature sert de toile à une trentaine d’artistes dont les installations surfent sur les formes, les matières, les textures, les couleurs et les imaginaires de l’environnement: idéale occasion de découvrir le site, de le découvrir autrement, par l’art, mais un art buissonnier, un Land Art monté en bouquet par Cueva, un collectif attentif à l’esprit de lieux urbains et naturels, en tout cas une expérience unique (ne pas manquer d’y flâner jusqu’au 2 mars).


En même temps, histoire de garder un air de vacances, ledit sud rallume le bal populaire. Ces 8 et 9/09, ça se passe sous les étoiles, avec la métamorphose d’Esch/Alzette en une gigantesque fête où folklore et imaginaire se mêlent à l’identité industrielle de la région des Terres Rouges. Qui a battu le fer…


Et justement, le «savoir-fer», c’est l’objectif, l’engagement aussi, de FerroForum, un collectif et un lieu, et même un tiers-lieu, coulé dans l’ancien Atelier central Arbed Esch/Schiffalnge, au cœur du site (friche) de la Metzeschmelz.


Et c’est là, ce samedi 9 septembre, que FerroForum nous invite à sa 2e Kermesse ouvrière (visuel ci-dessus), concoctant un programme convivial/familial, à la fois ludique, musical et gourmand, dans la pure et joyeuse tradition des kermesses du XXe siècle – événement corollaire aux Nuits de la culture d’Esch.


Concrètement, de 12.00 à 22.00h, des jeux anciens revisités, un «Hercule forain» – Georges Christen en l’occurrence –, une tombola ferrugineuse, les «Accordéonistes» et l‘«Orchester Luciano Pagliarini» pour dynamiter la piste de danse du bal de clôture.


Et bien sûr de quoi satisfaire les appétits et rincer les gosiers, avec une dégustation de bières artisanales, des grillades, des frites, des panzerotti, hormis de fameuses gaufres cuites sur cuisinière à bois (infos et programme: www.ferroforum.lu).


L’accès se fait à pied ou à vélo depuis les portails de Schifflange et Esch-Neudorf. Sinon, une navette se tient prête pour des allers-retours en continu entre le parking portail de Lallange et l’Atelier central.

Assurément, c’est le moment qui fait du bien…

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