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De fil en aiguille

  • Marie-Anne Lorgé
  • il y a 1 jour
  • 5 min de lecture

Inviter le paysage dans la maison (avec Sven Kroner), suivre des fils de couleurs et de perles qui racontent une histoire d’amour mère-fille (avec Aurélie d’Incau), égrener le passage du temps dans la Biennale de Strassen, se laisser surprendre par une peintre hors normes et hors du temps (à savoir: Berthe Brincour), c’est ma promenade du jour…


 

Avant de mettre un pied devant l’autre, plongée en apnée dans les (urgents) chemins de traverse de cette promenade du jour…


Des chemins qui ainsi croisent le «Rendez-vous au jardin» de Canopée, un festival multidisciplinaire en plein air autour des arts et du potager monté en graines par l’asbl Canopée et qui se cultive précisément dans son jardin au 4 de la rue Vauban (Luxembourg-Pfaffenthal), ce, le 6 juin de 12.00 à 21.00h ce festival entrée libre, idéalement familial, assorti de visites, d’ateliers sur la biodiversité et de spectacles, s’inscrit dans le cadre européen des journées européennes «RDV aux Jardins», dont le thème 2026 est la vue (observation, lumières et matières).


En fait, à Luxembourg, du 5 au 7 juin, 59 événements sont à l’agenda de cette édition 2026, une trentaine de propriétaires et associations y proposant des expériences qui dépotent le patrimoine jardinier (infos: www.jardinsluxembourg.lu).


Des chemins qui aussi croisent une performance, celle de Michiko Van de Velde, artiste plasticienne inspirée par les métamorphoses du végétal par la lumière. En l’occurrence, Unfolding Rays c’est le titre de la performance (visuel ci-dessus, photo ©Indie Jones) suit les variations d’une énergie en transformation, attentive aux passages, aux élans silencieux et aux formes qui cherchent la lumièret Michiko est l’une des 3 artistes qui arpentent Lisières, l’expo actuellement accueillie par/au CACLB (Centre d’art contemporain du Luxembourg belge), niché dans ce magnifique site boisé qu’est Montauban-Buzenol. La performance a lieu ces 6 et 7 juin, à 15.00h, et l’occasion est ainsi belle de vous perdre dans la mythique nature gaumaise…


Et des chemins qui repassent la frontière, jusqu’ à Koerich, où Sixth Floor, collectif d’artistes luxembourgeois, célèbre ses 25 ans d’existence. La fête Odyssey 2001-2026, avec visites et expos, drinks & food se trame ce 6 juin (à partir de 14.00h) au camp de base, soit, à Neimillen, une ancienne scierie transformée en ateliers d’artistes. Avec Tom Flick, Mars Lépine, Joachim et Wouter van der Vlugt, Katarzyna Kot, Lukas Arons, Nadine Cloos, Patrick Meyer. Infos: www.sixthfloor.lu)



L’urgence, c’est aussi ce 5 juin, à 18.30h, à la Kulturfabrik d’Esch, la sortie de résidence, ou «Get Out», de l’artiste visuelle Aurélie d’Incau. Une occasion unique de découvrir l’inimitable univers, en l’occurrence textile (visuel ci-dessus, photo ©Carole Theisen), de cette attachante artiste du soin, de la bienveillance et du jeu qui répare et réconcilie. Son actuel projet, Liewen, né d’une bouleversante complicité avec sa mère, est de l’ordre de la narration et de l’installation… à coups de fils fins et serpentins comme des vers, des vers non pas de terre mais de laine, des vers qui font une poésie étrange. Où il n’y a pas de point, si ce n’est celui du point de couture. Où, de fil en aiguille, se brode ainsi une histoire de fille à mère, un hommage à la vie à travers le chas d’une aiguille.



Sinon, la Biennale de Strassen vient de s’installer au Centre culturel Paul Barblé, une 13e édition au thème singulier, à savoir: 175, qui, certes, correspond au 175 e anniversaire de la commune mais qui, au-delà du chiffre, devient une matière à penser perfusée par le symbole – c’est que l’addition 1 + 7 + 5 = 13, qui fait donc écho à la… 13e édition de l’événement, renvoie aussi au Tarot, le 13 y symbolisant une profonde transformation, un renouveau imminent.


Et force est de constater que les 31 artistes sélectionnés, du Luxembourg et de la Grande région – servis par un accrochage permettant une fluide déambulation (un exercice plutôt réussi, en tout cas qui esquive l’effet bazar généralement prisé dans ce genre de concours, visuel ci-dessus, © Kary Barthelmey) – , les 31 artistes, dis-je, se sont grosso modo fendus d’une interprétation de ce 175 où il est tantôt question du temps – passage, mémoire, anticipation –, tantôt de la mutation inéluctable.


Slalom entre les 92 œuvres exposées et le panel des techniques ou médiums, sculptures, photographies, textiles, céramiques, collages, assemblages, vocabulaire graphique et surtout peintures. Sachant que le Premier Prix a été attribué à Between Village and Nature, une toile grand format, une abstraction dynamique, en touches expressionnistes, de Joël Rollinger qui propose sa vision de Strassen selon une toise conforme à sa taille, 1m75. Sachant aussi que le Prix d’encouragement du jeune artiste échoit à Yannick Tossing pour Fading Memories, un singulier collage de photos argentiques où archives privées et environnement fusionnent. Sachant enfin que c’est Martine Breuer qui décroche le Prix Spécial du jury pour 3 huiles figuratives traitées comme du pastel, 3 portraits en pied, une représentation générationnelle, une lecture du temps par les âges, avec, sur une échelle de 175,  Nadia, 70 ans, Sam, 5 ans, et Arthur & Sophie, un couple de près de 100 ans. 


Slalom entre symbolisme, surréalisme, allégorie, sensation, engagement, introspection, observation, cartographie, rétroviseur, poésie et humour, pour finalement vous confier mon double coup de cœur. Pour Tine Krumhorn et sa façon, sur carton et aux crayons, d’épier 175 pétales de sureau au travers d’un rideau fantôme. Et pour Le Sanctuaire du silence d’Anthoula Choustoulakis qui recompose des photos comme une peinture, des photos de décors et paysages improbables, sans âme qui vive, à lire comme des séquences spatio-temporelles philosophiques: 175 minutes (le ratio d’une méditation), 175 ans (c’est ce qu’il faut pour transformer une idéologie) et 175 heures… avant la fin ou le (re)commencement.


En clair, au Centre culturel Paul Barblé, la Biennale de Strassen 2026 vaut le détour jusqu’au 17 juin, entrée libre tous les jours de 10.00 à 20.00h. Infos: www.bieannale.lu



Rétropédalage vers Esch. Le temps de vous parler de Sven Korner, figure majeure de la peinture de paysage contemporain – né en 1973, qui vit et travaille à Düsseldorf – et de son grand format Werk Im Garten/ Vergangenes Licht (visuel ci-dessus) que tout quidam peut découvrir dans le hall de l’Hôtel de Ville d’Esch-sur-Alzette, enfin, pas tout à fait dans le hall, mais en jetant un oeil en coin vers et à travers l’ascenseur vitré qui dessert le parking. L’œuvre est donc visible mais … peut mieux faire. Et c’est bien dommage, car ladite oeuvre est magistrale de mélancolie et d’ironie subtile.


Mais de quoi s’agit-il? Déjà, il faut savoir que cet accrochage est organisé par la Konschthal Esch en vertu de son programme Extra-muros, dont l’ambition est de présenter une sélection d’œuvres récemment acquises pour la collection d’art de la Ville (d’Esch).


Alors, zoom sur la toile de Kroner. Ancrée dans la représentation d’une nature exubérante où prévaut le vagabondage endurci des rêveries et des pensées, en même temps qu’y cohabitent des architectures, trois maisons, une de taille réelle, deux autres (maquettes) en taille réduite, des éléments de construction et un habitat particulier, le nichoir. Sauf que l’oiseau censé y loger n’existe que peint, et que le chevalet qui supporte l’image a quitté l’atelier pour se planter dans le décor végétal que la peinture entend pasticher.


Ce qui est ainsi en question, c’est la fusion de divers éléments du monde extérieur et intérieur, c’est la relation entre culture et nature, c’est la charge symbolique d’espaces familiers, et c’est aussi , pour Kroner, expert en langage de lumière et de reflets, une façon d’interroger la peinture et de souligner que chaque image est une construction, un imaginaire.  

  

Donc, ne passez plus au pas de charge à travers l’Hôtel de Ville…

 
 
 

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