• Marie-Anne Lorgé

Dérapage et «muséardage»

Dernière mise à jour : oct. 6

Aujourd’hui, grand écart funambule histoire de vous parler de cet art magnifique qu’est le clown (une déferlante clownesque s’abattant sur Esch dès le 6 octobre) ainsi que de… musées, ceux de Luxembourg-Ville – la 20e Nuit des musées tombant ce 9 octobre – et ceux du Luxembourg belge, en vertu d’une première expo du genre, mise sur pied à la Maison de la culture d’Arlon (et qui expire le 10 octobre).


Et d’abord «we are Kufa».



Pour vous offrir un bain de poèmes, hop, sautez dans vos chaussures, rejoignez la Kufa (Kulturfabrik Esch/Alzette), qui, ce soir (5 octobre), à 20.00h, accueille un événement périphérique au Marché de la poésie, en compagnie de Tom Reisen, Sophie Loizeau, Jean-Louis Giovannoni et Serge Basso de March (notez que le Luxembourg sera l’invité d’honneur en 2022 dudit poétique Marché, qui se tient annuellement, à Paris, Place St-Sulpice).


Sinon, c’est donc aussi à la Kufa qu’explose comme un pétard un festival unique en son genre, le «Clowns in Progress», mis sur pied par Serge Basso il y a 10 ans. C’est pas pour rire, déjà y a pas (forcément) de nez rouge, et quand c’est le cas, ça fait un bruit «d’anges déchus tombés sur terre pour notre bien». Du reste, avis aux apprentis bouffons, une initiation pilotée par Hervé Langlois, de la Royal’Clown Company, est possible du11 au 16/10, à Kufa bien sûr (tél.: 55.44.93-1) – notez aussi que pour tout savoir de l’évolution de l’innocence de l’humour, Joana Bassi anime une conférence (tout public, en français) le mercredi 13/10, à 20, au Kinosch (dans l’enceinte de la même Kufa).


Alors, parmi les transgressions et insolences du programme (du 13 au 16 octobre), voici mes coups de cœur.


J’appelle Les Rois vagabonds, deux clowns que tout oppose, lauréats du Prix du public au Off du Festival d’Avignon: avec elle, aussi experte au violon qu’à la contorsion, et lui, homme athlétique, aussi fondu de partition musicalo- corporelle. Résultat: un concerto «dont la démesure, l’excentricité et le comique n’ont pas de limite». C’est sans paroles, pour tout public à partir de 8 ans, et ça se passe le jeudi 14 octobre, à 20.00h, non pas à la Kufa mais au Escher Theater.


Et je réclame Typhus Bronx (photo ci-dessus ©Fabien Debrabandere). Qui propose «une variation sanglante autour du conte du Genévrier des Frères Grimm dans un théâtre d’objet librement horrifique». C’est un spectacle (d’1 heure) hautement caustique (fortement déconseillé aux moins de 12 ans) qui gicle à la Kufa le 15/10, à 20.00h.


Quant à Didier Super, il débarque le 16/10, le temps d’un seul en scène «déconseillé aux cons».


Retrouvez toutes les pépites rock’n’roll de ces poètes hurluberlus et philosophes de l’instant présent sur: kulturfabrik.lu. «Si vous ne sortez pas de là avec un énorme sourire dans le cœur... c’est que vous êtes morts» (dixit Francis Albiero).


Bon, c’est pas tout ça, faut penser à «muséarder»…



A Luxembourg, la Nuit des musées a donc 20 ans. Et ce 20e anniversaire, qui mobilise les 7 musées de la Ville (Casino Luxembourg, Mudam, Villa Vauban, MNHA, Natur Musée, Lëtzebuerg City Museum et Musée Dräi Eechelen) vous attend le 9 octobre, de 17.00h à 1 heure du matin, avec un programme spécifique de visites guidées, de musique, de performances, d'ateliers, de surprises culinaires et de nuit blanche festive au Casino Luxembourg avec un DJ set de Lagerkultur –ne loupez pas non plus Stronger than memory and weaker than dewdrops, la nouvelle expo multimédia de Karolina Markiewicz et Pascal Piron «qui se fonde sur et se confond avec la poésie contemporaine pour exprimer l’actualité du monde, mais aussi son histoire et ses mythes. Un monde par lequel nous ressentons et qui nous permet peut-être de faire partie d’une collectivité humaine».


Ce qui ne m’empêche pas de passer la frontière, là, à Arlon, pour vous parler de l’initiative de l’Académie luxembourgeoise de valoriser en une exposition le travail de 47 musées (ou assimilés) cueillis aux quatre points cardinaux de la Province de Luxembourg.


Intitulée sans surprise Les musées s’exposent (photo juste ci-dessus), l’expo se déploie à la Maison de la culture d’Arlon, jusqu’au 10 octobre (donc, plus de temps à perdre !). Et l’on imagine sans peine le casse-tête de la scénographie. Pas simple de jouer la fantaisie dans la présentation d’une accumulation d’objets («trésors matériels et immatériels») liés à des lieux très différents, cohabitant dans une même salle, et pourtant, l’exercice gagne son pari: faire connaître et apprécier des pans méconnus du patrimoine (historique, militaire, folklorique, littéraire, artistique, artisanal, religieux), ou dépoussiérer ce que l’on croyait connaître – c’est qu’à Bastogne, par exemple, hormis le réputé Mémorial du Mardasson, monument de la bataille des Ardennes, existe un Musée de la Parole qui réhabilite les patois wallons; ailleurs, à la faveur de collections choyées par des acteurs passionnés, la bicyclette remonte le temps à Weyler, le sabot frappe le pavé à Porcheresse, le tabac (Semois) sèche à Corbion et la cloche qui sonne sonne, se fond à Tellin.


Certes, il y a des spots réputés internationalement, comme les ruines de la cistercienne Abbaye d’Orval, l'Euro Space Center (Transinne) ou le Mudia (avec ses animations interactives de chefs-d’oeuvre emblématiques) à Redu, mais également des institutions de «petite taille»: ainsi qui a réellement poussé la porte du Musée Gaspar, «installé dans une opulente demeure patricienne arlonaise du milieu de XIXe siècle» ou du Musée ducal aux flancs du château fort de Bouillon?


Poussez votre curiosité, là, au milieu des photos aériennes investiguant au-dessus de la Villa Mageroy (Habay), site d'importance majeure pour l'archéologie gallo-romaine en Belgique. Ou là, au chevet du «remuant et quelque peu sulfureux Pierre-Napoléon Bonaparte qui a élu domicile notamment au château des Epioux (Florenville), où un Musée Bonaparte lui fut naguère consacré, avant son transfert à Florenville puis sa disparition».


Perso, j’ai une affection pour le Cordaneum, ou Centre de la lutherie de Gauthier Louppe à Marloie, aussi pour le musée tout dévoué au «Raphaël des fleurs», à savoir: Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), à Saint-Hubert… non loin du Fourneau Saint-Michel, musée à ciel ouvert de la vie rurale du XIXe siècle, avec reconstitution de l’habitat et des métiers/outils d’autrefois.


Et puisque l’on est dans le mystérieux décor forestier des Ardennes, une façon de concilier la tête et les jambes, c’est de déambuler parmi les dolmens de Wéris/Durbuy (doté d’un Musée des Mégalithes).


Les musées s’exposent, c’est parler celte, c’est aussi faire une halte aux côtés de la Brigade Piron, avant d’écouter des fées, en passant par la Famenne ou la Gaume, et, finalement, au-delà de lieux de mémoire, faire le tour autrement d’une province… qui le vaut bien ! A hauteur «des couleurs diverses de l’action humaine» (dixit Michèle Garant, présidente de l’Académie luxembourgeoise).


Infos:

Maison de la culture d’Arlon: Les musées s’exposent, jusqu’au 10 octobre, expo (organisée par l’Académie luxembourgeoise) accessible tous les jours de 14.00 à 18.00h.

57 vues