C'est le merle qui le dit
- Marie-Anne Lorgé
- il y a 8 heures
- 5 min de lecture
Les cloches, poules et autres lapins de Pâques ont donc pondu leur chocolat…
Les prunelliers et les cerisiers sont en fleurs, des cerisiers à fleurs blanches en l’occurrence, et le merle noir à bec jaune s’ébroue dans le plumetis: arrêt sur image magique. Surtout ne pas bouger, juste envie de communier avec ce moment intense qui t’emporte comme en une sorte d’état d’ivresse…
Je m’ébroue avec le merle, jette un oeil sur le jour, mon café noir en a profité pour refroidir.
Pas grand-chose à vous dire, sauf l’essentiel, à savoir que l’infime de la vie est sublime. Et aussi que nous sommes à J-10 d’un rendez-vous qui fédère… des plumes. Celles de messagers singuliers, des oiseaux que «tout bruit fait chanter» (dixit Chateaubriand), même et surtout «au plus fort de l’orage» (René Char), voilà, ils arrivent les poètes-poétesses, ces 17,18 et 19 avril.

Comme chaque année, le Printemps des poètes-Luxembourg, c’est un rendez-vous en 3 temps. Tout commence le vendredi 17/04, à 19.00h, à neimënster, avec les premières lectures de Anja Bachi (Autriche), Maddalena Bergamin (Italie), Carla Friebe (Espagne), Petr Hruska (Rép. tchèque), Zuzana Husarova (Slovaquie) et Etienne Paulin (France) dont voici Flaque, poème extrait du recueil Voyage du rien: tout mon passé s’est répandu/non seulement le carrelage/ne dit rien// mais aux dortoirs, aux laveries/quand palabrait le grand soleil// palissade gradin/dernier recoin d’un grand hublot// qu’importait de tout dire.
Tout se poursuit le 18/04, sous forme de «Grande nuit», ce, au Cercle Cité (Place d’armes), dès 19.00h – avec une pause repas prévue à 21.00h; dans ce nouveau lieu adopté par le festival, il y aura projections de certaines traductions des 11 poètes invités au complet, avec José Carlos Barros (Portugal), Moya Cannon (Irlande), Laia Carbonell (Catalogne), Nathalie Ronvaux (Luxembourg) et Szabina Ughy (Hongrie).
Et au service musical de tous ces textes, le contrebassiste Emmanuel Fleitz.
Tout se termine le dimanche (le 19/04), avec la désormais traditionnelle «Matinée poétique» (dès 11.00h) organisée dans la galerie Simoncini (6 rue Notre-Dame), nourrie d’ultimes lectures de 5 poètes (dont Nathalie Ronvaux: Aux oiseaux affranchis/ l’aube donne en offrande/la parole des arbres// Les feuillages, de bleu cernés, enchevêtrent à leurs branches des voix d’ailleurs// La sève tresse des cordes vocales/ des entre-lignes/où s’éveillent les écorçages d’un chant insoumis).
Lectures finales assorties d’un débat autour du thème La liberté. Force vive, déployée – le poète Paul Mathieu en est le modérateur. Infos: printemps-poetes.lu
Et j’escorte le tout d’une toile de Mireille Gérard (visuel ci-dessus) – l’artiste coloriste qui fait vibrer le sensible expose actuellement, et jusqu’au 19 avril (du mercredi au dimanche de 14.30 à 18.00h), dans son atelier à Ansart (Tintigny), en Gaume, entre Etalle et Florenville. Dans un climat tout de sérénité, l’humain (homme ou femme) se fait tout petit dans des espaces immenses…

Autre climat, à la fois houleux comme un océan et noueux comme une racine. Pour le coup, rencontre avec les grands formats à l’huile de Joachim van der Vlugt à Schifflange.
Mais, préalablement, petit tour de piste dans le proche agenda en passant la frontière aller-retour.
Alors, d’abord, arrêt à la Kulturfabrik Esch pour la 3e édition de son Micro-Truc, ce samedi 11 avril. Lors de ce Salon de la micro-création – entrée libre et gratuite de 15.00 à 20.00h – , découvrez les illustrations, fanzines, céramiques, affiches, bandes-dessinées, sérigraphies, linogravures, carnets, broderies, bijoux et plein de petits objets en tout genre d’une bonne vingtaine de créateurs/trices et participez à la fabrication de vos propres oeuvres lors de workshops animés par Irina Moons, Léa Valet et Charl Vinz.
Toujours à Esch/Alzette, mais déjà ce 10 avril, hasardez-vous au Bridderhaus (1 rue Léon Metz) pour le vernissage à 18.30h de l’expo CALAMINE qui est l’aboutissement de la résidence de recherche et de création collective menée (au Bridderhaus donc) par les étudiant.es de l’atelier ZÀD (ZONE À DESSINS) de l’Ecole Supérieure d’Art de Lorraine, de Metz – atelier encadré par l’artiste et enseignant François Génot.
En métallurgie, la calamine est un dépôt d’oxyde de fer formé à la surface de l’acier soumis à de très hautes températures. A partir de cette notion, les œuvres pluridisciplinaires interrogent les traces laissées par le siècle industriel et sidérurgique qui a façonné la vallée d’Esch-sur-Alzette et, plus largement, la Grande Région. Au fil de leur immersion, les étudiant·es (ils sont 13) ont arpenté les terres rouges, fréquenté les seuils d’histoires en creux, rencontré les acteurs et habitants du territoire, goûté à ses formes de multiculturalisme et interrogé les conséquences sensibles du progrès industrie.
Si vous deviez rater le coup d’envoi, pas de panique, une journée publique spéciale est prévue dimanche 12 avril, de 11.00 à 18.00h, pour, à coups de performances, vous dévoiler la part vivante du processus de recherche de l’atelier ZÀD.
Toujours est-il que si l’univers imaginaire, étrange et onirique vous séduit davantage, filez fissa à (B) Aubange, vous immerger dans … Je dirais même plus: fantastique!, une expo multidisciplinaire qui circule au travers de surprenantes créations (notamment) de Michel Barthélemy, Jef Bertel, Benoît Polvêche, Charles Hiéronimus, Marguerite Brouhon, Comès, Palix… – ça se passe au Domaine de Clémarais, salle La Harpaille, du 11 au 26 avril (vernissage ce 10/04 à 19.00h).
Autour et alentour de l’expo (ouverte les samedis, dimanches et jeudis de 14.00 à 18.00h), tout un programme à entendre et à écouter: il y sera question de visions, rêves et cauchemars dans l’œil de Jérôme Bosch (visuel ci-dessus) le temps d’une conférence assurée par Emmanuel Grégoire le 23 avril, à 20.00h, il y aura des lectures, récits & contes fantastiques, une projection, aussi une nocturne le 17 avril, de 18.00 à 21.00h, avec visite guidée à la lampe de poche à 21.00h. Je serai du voyage … et vous raconterai.
Sinon, rebours à Luxembourg, pour une soirée littérature, en compagnie de Françoise Nyssen, éditrice française d‘origine belge connue pour ses engagements humanistes, emblématique figure de la maison d’édition Actes Sud fondée (à Arles) en 1978 par son père Hubert Nyssen. Accueillie à neimënster – à l’invitation de l’Institut Pierre Werner – le lundi 13 avril (19.00h), Françoise Nyssen échangera avec Ian De Toffoli, auteur luxembourgeois lui-même publié chez Actes Sud (Léa ou la théorie des systèmes complexes, 2025). Entrée libre mais réserv. souhaitée: info@ipw.lu, tél.: 49.04.43-1.

Enfin, détour par Schifflange, terminus au Schëfflenger Konschthaus, où l’artiste peintre Joachim van der Vlugt accroche D’ondes et de particules (Von Wellen und Teilchen), des grands formats (le plus souvent) gorgés de multiples couches d’une huile qui fait naître la lumière, une grammaire technique directement inspirée des maîtres hollandais classiques.
Et dans cette huile, peut-être des paysages, en tout cas un face-à-face avec une déferlante d’écumes agitées/brisées par les vents, une furie aux allures de fin du monde, un spectacle de toute beauté qui tétanise autant qu’il terrifie, comme tout ce qui dépasse l’humaine échelle (visuel ci-dessus). Point n’est ainsi question de narration, mais de voyage émotionnel, voire sensoriel, pour peu, le visiteur ressent les embruns…
Et, parallèlement, un face-à-face avec cela qui suggère un originel, soit, la souterraine racine de l’arbre premier.
Dans ces focus aspirés par une nature sauvage, par le hasard de débordements instinctifs, l’artiste insère des formes géométriques, une image dans l’image faite de bandes rectilignes quasi spectrales, comme pour mettre de l’ordre dans le chaos… ou tenter un duel entre le ressenti et le construit. Et au final, le mistral gagnant, c’est un langage poétique intemporel.
Ne ratez pas le rendez-vous, d’autant que l’expo expire le 18 avril – du mercredi au dimanche de 14.00 à 18.00h (rencontre avec l’artiste chaque dimanche) –, mais si ce devait être le cas, ou s’il vous importe de renouveler le voyage, notez que Joachim débarque avec ses Doux abîmes à Beckerich, sur le site du moulin, précisément dans la Millegalerie, dès le 25 avril (vernissage le 25/04 à 18.00h).
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