• Marie-Anne Lorgé

Autres ailleurs

Oui, il fait gris. «Si gris qu’un canal s’est pendu» (Brel). Sauf que ça n’empêche pas des couchers de soleil de flamboyer au-dessus d’une gare (pas besoin d’aller aux Antilles), ni d’essayer de sauver un papillon de la noyade (ça, c’est Mahmoud, le vieux sage du dernier roman d’Antoine Wauters, qui s’y emploie). En plus simple, et plus compliqué à la fois, «ce qui nous sauve, c’est d’être dans la joie», dit Alexandre Dewez, auteur et comédien aux mains vertes, adepte de l’action citoyenne et, déjà, de la rencontre de l’autre. Waouh, comment on fait?


Petit guide éclaté de 10 rendez-vous (on y danse, on y goûte, on y réfléchit, aussi on regarde), des rendez-vous «pour gens de cœur» dixit Yuval Pick, le chorégraphe de FutureNow à la Banannefabrik le 19 novembre (lire ci-bas) , qui vous dispensent résolument/joyeusement… d’aller aux Antilles. Ou sur Mars.


«2022 aurait dû être l’année du débarquement des premiers colons souhaitant créer sur Mars une nouvelle société». La date a été repoussée, mais cette utopie sociétale est celle qui percole dans le projet Esch-Mars, de terres rouges en terres rouges, porté par Sandy Flinto, Pierrick Grobéty et Daniel Marinangeli (Cie Eddi van Tsui). C’est un vaste débat qui sera mené un an durant avec des artistes, des scientifiques et des citoyens, dont une exposition témoignera au final. En clair, Esch-Mars, c'est d’abord tout un processus éminemment participatif, à suivre étape par étape, j’y emboîterai donc mes baskets (infos: www.esch-mars.com).


Par affinité, notez que c’est samedi, le 20 novembre, qu’a lieu le prochain «DKollage», un processus collectif de rénovation du site Vestiaires-Wagonnage, sur les friches de l’ancienne usine de Dudelange, auquel chacun est convié, avec sa bonne volonté, en vue de se réapproprier ensemble le lieu et de le faire évoluer en convivial espace de vie et de création. «DKollage», formidable aventure humaine, en est déjà à la phase 4, sachant que pour le chantier participatif du 20/11, de 09.30 à 17.00h, le mieux, c’est de retrousser ses manches, voire d’embarquer un pinceau et un marteau. N’oubliez pas de vous inscrire – d’autant que le repas de midi est une folie douce: info@dkollektiv.org



Sur et au bout de la langue, voilà Justine Blau et Sofia Aouine.


Justine Blau, plasticienne, propose La mémoire du goût, un rendez-vous culinaire (photo) où chacun(e) est invité(e) à apporter un mets qui ravive un souvenir d’enfance, sorte de madeleine de Proust à partager avec les autres. ça se passe le 19 novembre, de 17.00 à 21.00h, à Esch-sur-Alzette, dans l’Annexe 22, le cube installé Place de la Résistance (Brillplaz) Inscription sur réservation (limité à 10 places) par e-mail à l'adresse: lea.cheymol@esch2022.lu.


Et l’Annexe 22, c’est le lieu où Justine Blau déploie son projet Je suis un morceau de paysage, une installation sonore construite à partir d’entretiens qui questionne le lien à la terre dans le cadre de migrations, de dé-placements. «Que reste-t-il des paysages et territoires quittés? Que subsiste-t-il des lieux animés par les mots de nos ancêtres? Comment gérer la perte de paysages enchantés?» Ouvert jeudi/vendredi de 14.00 à 18.00h & samedi/dimanche de 11.00 à 18.00h. Sous réservation: info@esch2022.lu. Finissage le 20 novembre, de 16.00 à 18.00h.


Dans la foulée, pour une «radioscopie sans concession mais avec tendresse, d’une génération, d’un quartier et de l’odyssée de ses habitant·e·s», c’est au Casino Luxembourg qu’il faut aller, rencontrer/écouter Sofia Aouine. Ce jeudi 18 novembre, à 19.00h.


Reporter radio et documentariste pour France Culture, RFI et France Inter, Sofia Aouine est surtout l’auteure de Rhapsodie des oubliés, un premier roman taillé par une langue explosive, influencée par le genre noir, «la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music», qui «raconte l'histoire d'Abad, treize ans, qui vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe …». «Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans.»


Après lecture (le livre est disponible à la librairie du «Casino»), discussion avec l’auteure invitée dans le dans le cadre de l'exposition Stronger than memory and weaker than dewdrops de Karolina Markiewicz et Pascal Piron. En français. Entrée libre. Réservation: visites@casino-luxembourg.lu



Sinon, en gros, on joue – théâtralement parlant, avec Liliom ou la vie et mort d’un vaurien, une légende de banlieue en sept tableaux de Ferenc Molnár, mise en scène par Myriam Muller, au Grand Théâtre, du 18 au 28 novembre , on danse et on danse en jouant. Zoom sur Sahasa et sur FutureNow.


Pour Sahasa (photo ci-dessus © Noah Bach), on file aux Rotondes, la balle au pied. Et pour cause, cette deuxième pièce multidisciplinaire pour jeune public (à partir de 8 ans) de Jill Crovisier – fruit d’une collaboration avec la freerunneuse Lynn Jung, le footballer freestyle Sven Fielitz et le danseur Isaiah Wilson, sur une musique de Damiano Picci est un cocktail coloré, à la fois athlétique, dansé et visuel (vidéo), qui met en avant l’audace, le courage «comme une invitation à oser mettre de la créativité dans nos vies». Une invitation aussi «à la rencontre de l’autre».


«La créativité peut s’exprimer de mille façons. Trouver le courage de s'exprimer de manière créative est un vrai défi, surtout dans ce monde exigeant et lié à la performance. C’est pourquoi "Sahasa" invite les spectateurs/trices, peu importe leur âge, à avoir le courage de (re)trouver leur créativité sous quelle que forme que ce soit, à ne pas se laisser écraser par la routine du quotidien et à profiter (à nouveau) du temps qui passe».


A découvrir en famille, aux Rotondes, le dimanche 21 novembre, à 15.00h et à 17.00h (durée: 50 minutes, sans paroles). Réserv.: rotondes.lu ou tél.: 2662.2030.


Ensuite, Sahasa circule. Au Centre des arts pluriels d'Ettelbruck les 25 et 26/11, puis en avril à l’Opderschmelz Dudelange (le 27/04), ainsi qu’au Trifolion Echternach (le 29/04).



Pour FutureNow (photo juste ci-dessus © Sebastian Jerome), cap sur la Banannefabrik, siège du TROIS C-L (Centre de création chorégraphique luxembourgeois), à Bonnevoie (12 rue du Puits), pour la première internationale de la nouvelle création du chorégraphe israélien Yuval Pick, aussi directeur du Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, qui réactive l’imaginaire enfantin de chacun.


Partant de l’enfance et de la construction de soi, thématiques fondamentales à l’existence de chacun, Yuval Pick a donc créé un documentaire chorégraphique avec quatre danseurs de la Cie, venant d’univers différents, soit «un groupe hétérogène qui valorise la différence de l’autre», posant à chacun des interprètes quelques questions simples et concrètes, du genre: «Comment j’étais créatif enfant? Quand me suis-je senti différent, dans ma jeunesse?».


Le chorégraphe a ainsi proposé «à ses danseurs d’extraire de leurs souvenirs un moment clef de bascule. De retrouver l’un de ces points d’appui, ou l’une de ces fondations intimes, qui forgent une manière propre de voir, d’appréhender et de vivre le monde».


Chaque danseur a répondu aux questions du chorégraphe «par la création d’un solo, fait de paroles (narrant l’événement clef de son histoire) et de mouvements». «Il y a», dit Pick, «des loops et des micros avec lesquels les protagonistes créent leur histoire». Et c’est de cette matière abondante, par découpe et (re)montage, que surgit FutureNow, une pièce à géométrie aussi variable que sensible qui donne à voir «comment chaque histoire peut s’exprimer par le corps ou résider dans le corps», une mosaïque qui «laisse advenir le plus possible les formes et les émotions».


Mieux ou tout autre chose qu’un spectacle, FutureNow, c’est donc «ressentir une libération créatrice du corps et de la sensibilité»… et ça ne se rate pas le vendredi 19 novembre, à 19.00h (à la Banannefabrik, bien sûr). Réserv. tél.: 40.45.69, www.danse.lu!



Et pour boucler la boucle, quatre détours encore.


Par «De Mains de Maîtres», biennale des métiers d’art, dont la 3e édition, avec son thème Viv(r)e la matière, se tient du 20 au 28 novembre dans salons du «19Liberté» (ou ancien palais de l’ARBED sis au numéro 19 de l’avenue de la Liberté, à Luxembourg). Cette grande manifestation dédiée à l’artisanat d’art et aux savoir-faire d’exception réunit environ 70 artisans et créateurs du Luxembourg, de Belgique (invité d’honneur), d’Allemagne et de France.


Par Sale pute (photo ci-dessus), un «documentaire choc pour dénoncer le sexisme en ligne et appréhender l'épidémie de haine en ligne contre les femmes», programmé le 23 novembre, à 19.00h à neimënster. En français. Tout public. Billetterie et infos: billetterie@neimenster.lu ou par tél.: 26.20.52. 444.


Et plus loin, à Sarrebruck, par le Prix d'art Robert Schuman: une vitrine artistique transfrontalière, qui, tous les deux ans, réunit les acteurs du monde de l’art contemporain des villes de Luxembourg, Metz, Sarrebruck et Trèves autour d’une exposition collective de seize artistes de la Grande Région, invités par quatre commissaires. Cette année, les quatre artistes luxembourgeois en lice/nominés sont Julien Hübsch, Sali Muller, Peiffer et Arny Schmit. Et ça se déroule à la Stadtgalerie Saarbrücken et au Saarländisches Künstlerhaus. Vernissage le 19 novembre 2021 – accessible du 20 novembre au 9 janvier 2022.


Enfin, encore plus loin, à Berlin, par Schattengold, premier opéra que Dan Tanson met scène, ce, au Konzerthaus Berlin. Première de ce théâtre musical pour jeune public le samedi 20/11, à 12.00h – aussi le 20/11 à 15.30h, ainsi que le dimanche 21/11 à 11.00h et à 17.00h.

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