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A l'heure du houx

  • Marie-Anne Lorgé
  • 19 déc. 2025
  • 6 min de lecture

Ça y est, dimanche, c’est l’hiver, le solstice du même nom débarquant le 21 décembre, à 16.03h, avec la journée la plus courte et la nuit la plus longue de l'année, mais aussi un point de bascule: à partir de cet instant, on commence à gagner des minutes de lumière… Bonne nouvelle, non? 


Et puis, nous sommes à nuit de Noël - 6.


Entre le sapin clignotant et la cuisine où déjà les marmites s’agitent, flotte un temps échappé du quotidien, ça a beau se répéter chaque année, c’est toujours un calendrier où l’on peut revenir sans que rien n’ait bougé – malgré les petits devenus grands et les absents du coup terriblement présents –, toujours un imaginaire propice aux étoiles dans les yeux et aux papillons dans le ventre.


Certes, la société est marchande, il n'empêche, le cadeau garde une intensité rituelle, il lui suffit de ressembler à une orange emballée dans du papier de soie où sont écrits des mots aussi chauds et lumineux que des bougies, genre: ne changez pas de rêve, sortez-les plus souvent (Karel Logist).


Tout à trac, j’ai ainsi sorti… mes boules à neige – une invention qui, pour les uns, remonte à l’Expo universelle de 1878 à Paris, mais qui, pour les autres, date de 1905 dans l’atelier viennois de la famille Perzy. Dans le cas parisien, la fonction tenait du presse-papier, dans le second, il était question de lampe pour bloc opératoire ( !); quant à la neige, selon le cas, c’était de la poudre de magnésium ou de la semoule. Quoi qu’il en soit, pour peu qu’on la secoue, jamais la neige ne tombe, elle danse, elle lévite, comme… une pensée.


Alors, tout en vous laissant slalomer entre achats, recettes, invitations et vœux anticipés par cartes postales (parce que, oui, elles ont toujours la cote, avec leurs écureuils et moineaux délivrant à l’encre ce que la parole parfois refoule), me voici à vous causer d’expos, dont Crossfade (Fondu enchaîné) de Roland Quetsch à la galerie Ceysson & Bénétière (Wandhaff, Koerich), et les Storylines, ces installations photographiques réparties à travers Clervaux-Cité de l’image, selon un parcours qui transforme la ville en galerie à ciel ouvert (accès libre jusqu’au 31 mai 2026).



Dans le jardin (de la montée) du château de Clervaux, par exemple, on croise la série Birdwatcher de Pasha Rafiy, qui remet en question notre regard sur la ville, et le monde, à travers les yeux d’un oiseau, ce migrant témoin des bouleversements aussi écologiques que sociaux; on croise aussi, notamment, dans la même montée du château, au jardin du Brahaus, World’s Ends, le projet de Karin Schmuck, résultat d’une odyssée personnelle d’une dizaine d’années, du détroit de Gibraltar jusqu’au Bosphore, qui rend hommage à l’océan et au soleil, avec force vagues ou paysage apaisé, point de départ d’une méditation et d’une réflexion sur les frontières, la transitions, la migration.

Ailleurs, partant de la gare, Manon Diederich, Anna Krieps, Thomas Nondh Jansen (et sa bande de sucre vert présentée sur un dérouleur comme du ruban adhésif) et Olivier Schillen (avec une dernière scène de tourisme culturel qui semble sortie d’un tableau de Monet).


Storylines, c’est le sésame d’une passionnante déambulation dans Clervaux – qui ne manque pas d’atout touristique –, surtout, ça me permet de braquer un spot particulier sur l’une des 8 artistes photographes du parcours, Neckel Scholtus, dont les Fragments d’indices (visuel ci-dessus), égrenés le long du jardin de Lélise, composent une charade visuelle où Rimbaud, la terre d’enfance, l’héritage familial, le geste et le corps forment une «image» derrière laquelle l’artiste se cache tout en se dévoilant, transgressant ainsi poétiquement, tendrement, avec espièglerie aussi, les conventions de l’autoportrait.


Et donc, un spot particulier parce que Neckel Scholtus vient de décrocher le LUPA (Luxembourg Photography Award) Mentorship (produit par Lët’z Arles) et la Bourse CNA 2026; en gros: bonjour Arles !  


Eh oui, à Arles, pour mener à bien ses recherches quant à une relecture sensible et approfondie de ses archives accumulées depuis plus de quinze ans afin d’en dégager une forme hybride mêlant narration visuelle, installation et édition, tout en effectuant une recontextualisation de ce corpus, Neckel va bénéficier de février à juillet du mentorat de l’Ecole nationale supérieure de la photographie (ENSP), ainsi que d’une résidence aux Ateliers de La Madeleine; en outre, le prix inclut un livre d’artiste et la production d’une exposition au CNA (à partir de 2028).


Pour compléter le tableau clervallois, je tiens encore à vous signaler 2 expos parallèles… qui expirent déjà ce 20 décembre (donc, on se dépêche !).


Celle de Nico Patz … qui arpente six lieux de Clervaux – de la clinique St François à l’ancienne piscine couverte, en passant par la poste et l’Hôtel du Parc –,  des espaces vides, voire détruits, un travail de documentation ou, mieux, un exercice de mémoire, par la capture du silence, surtout de l’atmosphère, d’abord de la lumière, perfusion d’un esprit fantôme et du temps (Cliärrwer säiten, Cliärrwer Zäiten à voir au Brahaus).


Et celle d’Annick Wolfers … qui écoute à l’oreille de la Sûre, la rivière de son enfance, une présence dont, par l’image fixe ou en mouvement (vidéo), elle capte les bruissements et ces métaphores du temps passant que sont les ruissellements, entre feuillages et lucioles: une plongée aussi sensible que sensorielle, onirique aussi … mais servie par un accrochage, disons, malheureux (The River always flows  clin d’œil à Héraclite, à sa pensée Panta rhei? dans la salle d’expo de l’ancien Tourist info, 11 Grand-Rue).



Changement radical de direction. Cap sur Koerich. Rencontre avec Roland Quetsch.


Mais, petite parenthèse préalable, pour vous rappeler qu’à Luxembourg, au Cercle Cité, la très belle expo La forêt. Solitudes et solidarités reste accessible jusqu’au18 janvier, tous les jours de 11.00 à 19.00h sauf les 24 et 31/12, de 11.00 à 15.00h (fermé le 25.12.2025 et le 01.01.2026). Ne boudez pas l’occasion, en compagnie de 12 artistes Clément Davout et Léo Fourdrinier, Serge Ecker, Martine Feipel et Jean Bechameil, Aline Forçain, Sandra Lieners, Letizia Romanini, Keong-A Song, Bert Theis, Alexandra Uppman, Valentin van der Meulen d’explorer la place qu’occupe la forêt dans l’imaginaire contemporain. Aussi/ainsi rassemblées, ces approches ouvrent des voies vers un monde où la solidarité et l’entraide prendraient le pas sur la compétition, en valorisant des modèles agiles et collaboratifs.


Notez que Clément Minighetti, le commissaire de l’expo, assure une visite curatoriale le 17 janvier, à 15.00h. Et notez d’abord 2 ateliers organisés le 10 janvier: celui d’Eise Bësch lecture pour enfants de 10.00 à 11.00h et celui, Point par point, d’Alexandra Uppman, une initiation à la technique du pointillisme de 14.00 à 16.00h.


Un peu plus loin, notez enfin que la galerie Nosbaum Reding (2+4, rue Wiltheim), officiellement fermée du 21/12 au 07/01, continue d’accueillir les visiteurs durant cette période (sauf les jours fériés) et que découvrir Where The River Burns de Stefaan De Croock, adepte d’une archéologie des traces, ça ne se refuse pas.

Traces déclinées à partir du bois récupéré de vieilles portes, meubles, planchers, chaque morceau de bois étant l’empreinte d’une expérience et racontant à chaque fois une histoire différente. Et traces parfois aussi récupérées de marbre ancien, dont les éléments assemblés selon des collages géométriques multicouches forment ainsi des silhouettes humaines métaphoriques, aussi sublimes qu’impressionnantes, raccords avec une exploration de ces marques du temps qui poétisent et philosophent autour de la finitude de l’existence humaine (visuel ci-dessus, photo ©Louis Weber). 



A Koerich, on y est… presque.


Le temps de vous dire encore que TERRE ROUGE – Topographie du poète  réalisé par Fränz Hausemer est officiellement sélectionné pour le Filmfestival Max Ophüls Preis. Ce documentaire est un portrait intime d’un poète et cinéaste âgé, qui vit en solitaire dans la maison de son enfance à Esch-sur-Alzette: Gast Rollinger (1946-2024). Ce lieu, tel un refuge où le temps semble suspendu, se trouve au cœur d’un paysage où vestiges industriels et nature sauvage se croisent. Il puise dans ces lieux toute son inspiration.


Bon, là, j’y suis… dans le vaste hall Ceysson & Bénétière à Windhof/Wandhaff (Koerich). Où Roland Quetsch accroche 37 oeuvres de 2009 à 2024, globalement intitulées de façon énigmatique (FS-0424-1, f.o.s.b n°32, SWP19-3 par exemple), pas vraiment une rétrospective mais un cheminement qui passe d’une composition quasi sculpturale en bois laqué avec accent porté sur les rapports de densité, d'intensité, de brillance entre les surfaces colorées  à l’aquarelle sur papier, territoire en l’occurrence de la répétition… d’un motif proche du tampon rectangulaire qui finit en feuille morte, ce, dans le sillage indéniable d'un Claude Viallat, l’une des figures majeures du groupe Supports/Surfaces, auquel Roland souscrit à l’évidence.


Dans ses travaux récents, si l’artiste Quetsch privilégie la toile, c’est pour questionner la liquidité de la peinture. Les couleurs surgissent et s’assemblent de façon (faussement ?) aléatoire sur les carrés de toile, lesquels s’agencent, collés/superposés, sur une sorte de toile originelle, plus grande (visuel ci-dessus).

Dans une tentative de radicalité, éprouvée dans sa toute dernière création, c’est le support qui disparaît, suppléé par un périmètre géant juste délimité par des sangles dans l’idée d’une récupération de traces de chantier , où ce qui prévaut, c’est la superposition. Ou, plutôt, l’accumulation…  d’énièmes toiles, surfaces peintes, lesquelles sont suspendues comme du linge à ses fils, dans une configuration permutable à loisir, selon l’espace où l’œuvre s’expose.


Crossfade, de Roland Quetsch, un fondu enchaîné de matières, de formes et de couleurs qui dynamite les codes de la peinture, ses gestes et ses attendus. Jusqu’au 10 janvier. Infos: www.ceyssonbenetiere.com

 
 
 

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