• Marie-Anne Lorgé

Echos… échos…

Mis à jour : févr. 18

Voici un petit circuit visuel, théâtral et plastique (du duo Brognon & Rollin à Suzan Noesen), à l’allure d’une fusée à quatre étages lancée au beau milieu de cette semaine de congé carnavalesque (sauf que même les Gilles de Binche sont orphelins d’oranges !). Tout ça avant de tout bientôt vous parler des mégaphones géants, et du nez tout aussi géant et du film More Sweetly Play the Dance de William Kentridge (au Mudam).



Et je commence par le Ciné Utopia. Sauf qu’il n’y est pas question de cinéma mais de la captation filmique de The End My Friend, une production théâtrale initialement prévue au printemps 2020 mais reportée pour cause de confinement et finalement devenue une performance tenue à huis clos à la Schungfabrik – Centre culturel de Tétange (qui produit) – et filmée en vue d’un streaming ultérieur sur plateforme digitale.


Et donc, c’est l’enregistrement du travail des acteurs sur scène – avec Annette Schlechter, Philippe Meyrer et Konstantin Rommelfangen –, qui est à voir, en avant-première, au Ciné Utopia (salle 4) le lundi 22 février, à 14.30h. The End My Friend – spectacle en langue luxembourgeoise (de 60 minutes), sous-titrée en anglais – est une adaptation, mise en scène par Ronald Dofing, de la pièce Fir wann ech net méi kann de Romain Putti, lauréat du Concours national littéraire national 2018.


L’histoire est celle de deux jeunes hommes, Luca et Noah, qui sont déchirés entre «le droit d’aînesse du sans-abrisme» et l’envie d’en sortir, de découvrir de nouveaux horizons. C’est en tout cas, «un monde d’une obscure tendresse», que Yann Ney traduit en images, en une vidéo-contexte qui, en arrière-fond, tout au long de la représentation, restitue la fragilité des personnages et la densité de l’atmosphère, sa poésie aussi. Bartleby Delicate en signe le paysage musical, et Serge Ecker les costumes.


En raison de places limitées, il est impératif de s’inscrire préalablement à l’adresse mail: theendmyfriend21@gmail.com – séance suivie d’une rencontre avec l’équipe artistique.


Théâtre encore, mais à Neimënster (Centre culturel de rencontre abbaye de Neumünster, ou CCRN, à Luxembourg-Grund). Et en formule plein air ! C’est idéal pour battre en brèche le Covid-19, mais météorologiquement risqué. En cas de forte pluie, le spectacle sera reporté, sinon, cochez 4 dates: les 23, 25, 26 février à 19.30h et le 28 à 18.00h.


Ce qui s’y trame combine patrimoine et fait historique, puisque le lieu, situé sur un itinéraire classé par l’Unesco et qui a connu quatre siècles d’histoire est tourmentée, a servi de prison nazie. En tout cas, c’est au 21 décembre 1945 que remonte la spéculation historique So dunkel hier (Si sombre ici, photo ci-dessus), écrite (en allemand) par Elise Schmit, autrice luxembourgeoise, et mise en œuvre par la réalisatrice Anne Simon sur le parvis de Neimënster, donc, «devant la prison dans laquelle le Gauleiter Gustav Simon était censé être emprisonné mais n'est finalement arrivé que comme un cadavre».


Censé? Qu’est-ce à dire? Qu’en est-il réellement de la mort de ce détesté Simon? «S'est-il vraiment pendu dans sa cellule pour éviter le procès au Luxembourg? Ou a-t-il été tué par des résistants en colère? Des soldats britanniques? Sur ordre du gouvernement luxembourgeois?»


Toujours est-il que Si sombre ici montre quatre personnes en voiture – Marc Baum, Nickel Bösenberg, Elsa Rauchs, Konstantin Rommelfangen – «avec une destination incertaine et un résultat sûr»…


«Le jeu avec l'interprétation, le fait et la fiction ainsi que l'impossibilité de présenter l'histoire comme une vérité universelle sous-tendent la forme dramatique et promet ainsi de devenir une réflexion sur le théâtre et la narration elle-même».


Une introduction à la pièce a lieu une demi-heure avant le début de la représentation. Après la représentation, l'équipe et ses partenaires invitent à une discussion avec le public.

Placement en fonction de votre ordre d'arrivée – port du masque obligatoire, tout comme l’inscription. Par mail: billetterie@neimenster.lu. Ou tél.: 26.20.52.444.



Chemin faisant, en longeant le P&R Bouillon, impossible de rater une œuvre en néon blanc, qui, sur la façade (côté ville), représente une ligne lumineuse aussi sinueuse que l’est cette «ligne de destinée et de cœur» que l’on trouve dans la paume d’une main. Et cette main, c’est celle d’un anonyme, du quidam – soignant, caissier, chauffeur de bus, éboueur… – présent «aux «premières lignes» du premier confinement en 2020», au service de la population.

Cette oeuvre en néon est donc le «portrait inattendu d’un citoyen de la Ville de Luxembourg» – un citoyen qui incarne un «nous universel» – et c’est de cette façon que le duo d’artistes belgo-luxembourgeois David Brognon et Stéphanie Rollin offre au regard de tous un hommage au courage et à la dignité (photo copyright: VDL Photothèque – Charles Soubry).


Ce qui percole dans tout le processus créatif des deux artistes – processus aussi humaniste que poétique –, c’est «un grand désir, celui de faire bouger… quelques lignes». Et ce désir de changer les choses, c’est précisément, et concrètement, dans la ligne que Stéphanie et David l’éprouvent. Que cette ligne soit flottante – et que le tandem d’artistes a tenté de mesurer, comme une tentative absurde, dans leur cartographie de l’ile de Gorée (2015) et de Tatihou – ou que cette ligne soit humaine. A l’exemple de cette anti-frontière, cette ligne aussi poreuse qu’imaginaire tracée à Jérusalem (en 2016) à partir des lignes des paumes de mains de personnes de confession musulmane, juive et chrétienne, mains mises côte à côte à la croisée de quatre quartiers du cœur du Jérusalem historique.


A l’exemple aussi de ces mains d’hommes et de femmes statufiés par la gloire, comme autant de monuments, mais que la mérule a gommés pour l’éternité – archive photographique Famous People have no Stories commencée en 2013 (et partiellement exposée en automne 2015, au Cercle Cité, lors de l’exposition collective Je est un(e) autre).


«L’être humain est toujours l’unité de mesure de notre travail», dit David, ce qui implique une durée. Le temps de se mesurer à l’espace, et vice versa. Et justement, explorer les interstices du temps – «comment donner forme à l’expérience de la durée? De l’attente ? Du suspendu? De l’équilibre?» – , c’est que David et Stéphanie ont entrepris dans L’avant-dernière version de la réalité, leur première expo monographique muséale accueillie au MAC VAL, musée d’Art contemporain du Val-de-Marne, situé à Vitry-sur-Seine.


L’expo – qui a expiré le 31 janvier 2021 et qui a fait un tabac, affolant la presse internationale – «engage une méditation sur la disparition programmée des choses». A coups de «faits, objets, anecdotes, a priori disjoints et parfois rocambolesques, les oeuvres sont fortement polysémiques, supports à dérouler des lignes de fuite empreintes de mélancolie et de poésie».



On peut poursuivre sa route jusqu’à Esch/ Alzette, à la Kulturfabrik, là où l’illustratrice Julie Wagener se fend d’un «Live Painting» le temps du concert de ROME, «le troubadour des ténèbres», le 20 février – entrée sur réservation uniquement (herrade@kulturfabrik.lu); à défaut, pas de panique, il y a une diffusion en live, à 17.00h, sur les ondes de la radio 100.7.


Sinon, direction Ettelbruck, au Centre des arts pluriels (ou CAPE). Suzan Noesen, artiste multidisciplinaire – dont «les œuvres résonnent comme des recherches anthropologiques expérimentales» , finaliste du LEAP 20 (Luxembourg Encouragement for Artists Prize) aux Rotondes et réalisatrice de l’intime court métrage Livre d'heures, projeté en 2019 au Luxembourg City Film Festival, puis diffusé dans la BlackBox du Casino Luxembourg – l’artiste y parle du vivre-ensemble intergénérationnel, en décrivant, sur fond de petit village luxembourgeois, la cohabitation avec sa grand-mère, une cohabitation au quotidien, truffée de rituels –, Suzan Noesen, donc, expose au CAPE ce qu’elle appelle le Labyrinthe des tropes gestuels (Labyrinth der gestischen Tropen) soit: des fragments de peintures, photographies, extraits vidéos et matériaux translucides assemblés à l’aide de constructions en bois mobiles (cfr photo: oeuvre The Unvoiced Winking).


Par son processus artistique, elle examine les dynamiques sociales et autres corrélations possibles au sein d’un groupe fictif.


Vernissage le mercredi 24 février, de 18.00 à 21.00h, uniquement sur inscription, en choisissant un créneau horaire: https://cape.lu/labyrinth-der-gestischen-tropen/13460

Expo accessible du 25 février au 20 mars 2021, du lundi au samedi de 14.00 à 20.00h (sans réservation).

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