top of page
  • Marie-Anne Lorgé

Cinquième saison

A marée basse, sur le sable mouillé appelé estran, l’eau forme des petites nappes, des miroirs qui clapotent, où tu vois les nuages qui dansent, quand les bottes en caoutchouc n’y sèment pas la pagaille. J’ai retrouvé mon ciré jaune, et mes bottes ton citron, du temps de mes étés candides, avec des mini dunes moulées à coups de pelle de plage, avec des ciels offerts aux mouettes, cerfs-volants sauvages, sans fil.


Côté terre, le manuel de Magie des jardins n’a d’yeux que pour le glaïeul –- sa culture recommandée (en France) dans les jardins du domaine royal remonterait à un acte législatif émis par Charlemagne vers la fin du VIIIe siècle ou au début du IXe siècle – et pour les dahlias – longtemps considérés comme une plante potagère, du reste tubercule consommée par les Aztèques – qui seraient les garants d'une arrière-saison éblouissante, en tout cas, à en juger par l’actuelle opulence des tiges et des fleurs en pompon, ça promet.


En attendant, la terre brûle…


Ou se noie…


Entre deux pestes, un choléra tente l’humour noir: ainsi, l’assèchement inexorable du loch Ness menace-t-il son célèbre monstre, cette légendaire créature lacustre surnommée «Nessie» dans les années 30 supposée couler ses jours dans le lac d’eau douce des Highlands? La réponse tient à l’angle de vue: selon l’économie touristique (avec des milliers de gens débarquant sur les rives écossaises pour voir quelque chose qui n’existe pas), le plus effrayant, c’est la mort clinique… de la légende.


Ailleurs, c’est la mer Morte qui se meurt, sous les effets conjugués de la surexploitation du Jourdain et des rivalités géopolitiques.



Toujours est-il qu’entre incendies d’ampleur quasi biblique et inondations tout aussi apocalyptiques, l’été continue la tête dans le sable – parce que, somme toute, dans la nasse du pouvoir et du profit, rien de nouveau… si ce n’est une accélération de l’indécence, fût-ce au niveau du mercato, ce mot italien signifiant «marché» (en l’occurrence de transferts de joueurs) qui, en période estivale, porte à ébullition financière le milieu du foot, une planète gavée de milliardaires du pied, et force est de constater que, cette année, l’huile jetée sur le feu de la mégalomanie dépasse l’entendement. Et pour le coup, pas de Canadair en vue.


Certes, j’enfonce une porte ouverte. Alors, pour ne pas plomber la quiétude de saison, et surtout parce que ça se passe à hauteur de fourmi, voici Cinq Saisons (visuel ci-dessus), une proposition performative bouturée par deux artistes jardiniers du vivant, Jonathan Macias et Caroline Melon, conscients qu’il est «grand temps d’écouter» et qu’une démarche artistique peut bouger les lignes (si si).


En fait, ni spectacle ni atelier, Cinq Saisons est une expérience… à partager… aujourd’hui et demain (ces 19 et 20 août) à Chassepierre, village (du sud du Luxembourg belge) où un désormais célébrissime festival d’arts de la rue prend ses quartiers d’été (il en est à sa 49e édition!).


L’idée des deux artistes, qui ont sorti leur microscope, se sont mis dans la peau d’un arbre, d’un oiseau, d’une graine, «se concentrant sur une fourmi en pleine ascension d’un pissenlit», et qui ont imaginé toutes sortes de rituels, l’idée, donc, «c’est de rassembler les gens dans une activité douce et ludique inspirée des jeux quand on était enfants et qu’on pouvait faire un repas merveilleux avec du sable et de l’eau…».


Proposition inclassable, Cinq Saisons ne prétend pas changer la vie des participants mais, du moins, de faire «un pas de côté», soit: retrouver le goût, le contact avec les éléments, l’infime…, toutes vertus irrésistibles.


Pour le dire simplement, Cinq Saisons est une invitation à regarder la nature autrement, et dans notre contexte environnemental alarmant, ça ne se boude pas… là où le projet passe (déjà, donc, à Chassepierre), d’autant qu’«il s’agit de construire quelque chose de poétique ensemble, sans se prendre au sérieux, ne pas être dans l’intellect mais plutôt comme quand on écosse des petits pois à la table d’une cuisine». Irrésistible ai-je dit.


Notez que les artistes ont conçu un film et un livret qui récapitule leur expérience et leurs rituels, disponibles sur le site de leur compagnie: www.dechairetdos.fr

Sinon, pour le festival, infos: www.chassepierre.be

44 vues

Comments


bottom of page